
Pompiers : du feu au secours de nos vies
En ce mois d’août, je m’intéresse aux incendies, à leurs conséquences sur la vie de nos ancêtres, mais aussi à tous ceux qui interviennent lorsqu’un feu se déclare.
Dans mon précédent article, Les incendies en France, j’ai parcouru plusieurs siècles de grands incendies et observé l’évolution progressive des moyens mis en œuvre pour les combattre. J’ai également évoqué leurs conséquences pour le généalogiste, notamment lorsque les flammes entraînent la disparition d’archives et de documents racontant la vie de nos familles.
Aujourd’hui, je m’intéresse à ceux auxquels nous pensons immédiatement lorsque le feu se déclare : les sapeurs-pompiers.
L’actualité donne aujourd’hui une résonance particulière à ce sujet. Ce 13 août 2026, les sapeurs-pompiers professionnels sont appelés à une journée nationale de grève. Sans entrer dans les revendications de ce mouvement, cette actualité rappelle que derrière l’image familière du « soldat du feu » se trouvent des femmes et des hommes, des statuts différents, des moyens et une organisation qui ont beaucoup évolué au fil du temps.
C’est justement cette histoire que je vous propose de découvrir aujourd’hui : qui protégeait nos ancêtres contre les incendies ? Comment les premiers corps de pompiers sont-ils apparus ? Qui sont les pompiers aujourd’hui ? Et si l’un de nos ancêtres avait lui-même été pompier, quelles traces pourrait-il avoir laissées ?
Avant les pompiers, une lutte collective contre le feu

Pendant des siècles, lorsqu’un incendie éclatait dans une ville ou un village, les habitants constituaient la première ligne de défense.
On transportait l’eau dans des seaux, parfois en formant de véritables chaînes humaines. Échelles, crochets et outils disponibles étaient utilisés pour tenter de contenir les flammes ou d’empêcher leur propagation aux bâtiments voisins. L’enjeu était considérable. Dans des rues étroites où les habitations étaient souvent mitoyennes, un feu pouvait rapidement gagner plusieurs maisons, des ateliers ou des dépendances.
Peu à peu, les villes se dotèrent de pompes à incendie et organisèrent des groupes d’hommes capables de les utiliser. La lutte contre le feu commençait à devenir un véritable service organisé.

À Paris, les gardes-pompes sont créés en 1716. Près d’un siècle plus tard, un événement dramatique va profondément transformer leur organisation. En juillet 1810, un incendie se déclare lors d’une fête donnée à l’ambassade d’Autriche à Paris. Les insuffisances des secours sont alors vivement critiquées.
Le 18 septembre 1811, Napoléon Ier crée par décret le bataillon de sapeurs chargé des pompes à incendie de la ville de Paris. Le corps devient militaire et professionnel. Cette organisation est à l’origine de la particularité que connaît encore aujourd’hui la capitale avec la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris.
Des corps communaux aux services d’incendie et de secours
L’histoire des pompiers ne se limite évidemment pas à Paris.
Au cours du XIXe siècle, de nombreuses communes organisent leurs propres corps de sapeurs-pompiers. Les municipalités peuvent acheter une pompe, fournir des uniformes et du matériel, désigner les hommes chargés du service et aménager un local pour conserver les équipements.

Les pompiers sont alors profondément ancrés dans la vie locale.
Leur organisation va progressivement être réglementée et structurée. Les moyens techniques évoluent également : aux pompes à bras succèdent des équipements plus performants, puis les véhicules motorisés, les grandes échelles et les équipements individuels de protection.
Au fil du XXe siècle, l’organisation des secours dépasse progressivement le seul cadre communal. Aujourd’hui, les sapeurs-pompiers civils exercent principalement au sein des services départementaux d’incendie et de secours, les SDIS.
Pourquoi « Sapeur-Pompier » ?
Le mot « pompier » vient naturellement de la pompe utilisée pour envoyer l’eau sur les incendies.
Le terme « sapeur », quant à lui, appartient à l’origine au vocabulaire militaire. Les sapeurs étaient notamment chargés de travaux de terrassement, d’ouverture de passages ou de destruction d’obstacles. Lors de certains incendies, démolir une partie d’une construction pouvait également permettre de créer une coupure et d’empêcher les flammes de progresser.
Les termes « sapeur » et « pompier » se sont ainsi trouvés associés dans l’appellation que nous connaissons aujourd’hui.
Les pompiers en France aujourd’hui
Tous les pompiers français n’ont pas le même statut.
Au 31 décembre 2024, la France comptait environ 256 400 sapeurs-pompiers.
Ils se répartissaient entre :
- 198 900 sapeurs-pompiers volontaires, soit environ 78 % des effectifs ;
- 44 000 sapeurs-pompiers professionnels, soit environ 17 % ;
- 13 500 militaires, soit environ 5 %.
Les sapeurs-pompiers volontaires constituent donc, de très loin, le groupe le plus nombreux. Ils exercent généralement leur engagement parallèlement à leur activité professionnelle, leurs études ou leur vie personnelle.
Les sapeurs-pompiers professionnels sont des fonctionnaires territoriaux. Ils exercent principalement au sein des services départementaux d’incendie et de secours.
Enfin, certaines unités ont conservé un statut militaire. C’est notamment le cas de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et du Bataillon de marins-pompiers de Marseille.
Cette organisation permet de maintenir un maillage territorial important et explique aussi pourquoi, autrefois comme aujourd’hui, être pompier ne signifie pas nécessairement exercer cette activité comme profession principale. Notamment les pompiers de Paris et de Marseille, dont l’organisation présente des particularités historiques.
PRÈS DE 8 SAPEURS-POMPIERS SUR 10 SONT VOLONTAIRES.
Un chiffre qui rappelle combien le volontariat demeure essentiel au fonctionnement des secours en France.
Les pompiers ne combattent pas seulement les incendies
Lorsque l’on pense aux pompiers, l’image du feu et du camion rouge vient immédiatement à l’esprit.
Pourtant, combattre les incendies ne représente aujourd’hui qu’une petite partie de leurs interventions. Ils interviennent notamment pour :
- le secours d’urgence aux personnes ;
- les accidents de la circulation ;
- les incendies ;
- les risques technologiques ;
- certaines opérations de protection des personnes, des biens et de l’environnement.
En 2024, les sapeurs-pompiers ont réalisé 4 754 800 interventions en France. Parmi elles, 4 119 994 concernaient le secours d’urgence aux personnes, contre 234 702 interventions pour des incendies.
2010 : environ 4,21 millions d’interventions
2024 : environ 4,75 millionsSoit une augmentation d’environ 13 % en quatorze ans.
Le secours à personne constitue donc aujourd’hui, de très loin, leur principale activité. Plus de 4,7 millions d’interventions par an, soit plus de 13 000 interventions chaque jour. En une quinzaine d’années, leur activité a donc sensiblement progressé tandis que leurs missions se sont diversifiées.
Derrière le passage d’un véhicule de pompiers ne se cache donc pas nécessairement un incendie : il peut s’agir d’un malaise, d’un accident, d’une inondation ou de bien d’autres situations nécessitant des secours.

Les pompiers en généalogie
Et si l’un de nos ancêtres avait été pompier ?
La réponse n’est pas toujours aussi facile à trouver qu’on pourrait le penser. Pendant longtemps, appartenir au corps des sapeurs-pompiers d’une commune pouvait être un engagement exercé parallèlement à son métier. Un cultivateur, un artisan, un commerçant ou un ouvrier pouvait donc également être pompier sans que cette fonction apparaisse dans les actes d’état civil. Il faut alors chercher ailleurs.
Les archives communales constituent une première piste particulièrement intéressante. Les délibérations du conseil municipal peuvent mentionner la création ou l’organisation du corps local, l’achat d’une pompe ou d’uniformes, la nomination de responsables, l’acquisition de matériel ou encore l’aménagement d’un local.
Les archives départementales peuvent également conserver des documents relatifs aux corps communaux, à l’administration des services d’incendie ou aux événements auxquels les pompiers ont participé.
Les photographies anciennes et les cartes postales constituent une autre source à ne pas négliger. Les corps de pompiers étaient régulièrement photographiés devant leur caserne ou avec leur matériel.
Une photographie de groupe peut ainsi permettre de reconnaître un visage familial ou, parfois, d’expliquer la présence d’un uniforme mystérieux dans un vieil album.
Une découverte au détour d’une recherche

Les découvertes généalogiques ne se font pas toujours là où on les attend.
En effectuant des recherches sur ma ville, j’ai consulté une présentation du SIVOM dans laquelle était évoqué l’incendie d’une grande entreprise. Au fil de ma lecture, j’ai eu la surprise de découvrir le nom de l’un de mes oncles, que je savais sapeur-pompier volontaire : il était cité parmi les personnes intervenues lors de cet incendie.
Je ne recherchais pourtant ni mon oncle, ni son activité de pompier.
Cette découverte m’a rappelé combien il est utile, en généalogie, d’élargir ses recherches au contexte dans lequel vivaient nos proches et nos ancêtres. Un nom peut apparaître dans les archives d’une commune, d’une intercommunalité, d’un SDIS, dans la presse locale, une photographie, un historique de caserne ou le récit d’un événement.
Il ne faut donc pas toujours chercher uniquement une personne. Chercher un lieu, une entreprise ou un événement peut aussi nous ramener vers notre histoire familiale.
Pensez à la presse ancienne !
La presse ancienne constitue une source particulièrement précieuse lorsqu’on recherche un pompier ou un incendie.
Les journaux locaux pouvaient raconter l’événement avec beaucoup plus de détails que les actes administratifs : adresse du sinistre, nom du propriétaire ou des occupants, circonstances de l’incendie, dégâts, victimes, intervention des pompiers ou encore actes de courage. Pour commencer une recherche, plusieurs associations de termes peuvent être essayées :
- nom et prénom de l’ancêtre + commune ;
- commune + incendie ;
- commune + pompiers ;
- rue + incendie ;
- nom d’une usine ou d’un commerce + feu ;
- commune + sinistre.
Gallica et le portail Presse locale ancienne de la Bibliothèque nationale de France permettent notamment d’interroger de nombreux journaux numérisés. Certaines Archives départementales et bibliothèques possèdent également leurs propres collections de presse ancienne. La recherche plein texte repose cependant sur la reconnaissance automatique des caractères. Avec les journaux anciens, les résultats peuvent être imparfaits. Une recherche infructueuse ne signifie donc pas nécessairement que l’information n’existe pas : il faut varier les mots, les orthographes et les périodes.
Le regard du généalogiste
Un ancêtre pompier peut se cacher derrière une profession qui n’a apparemment aucun rapport avec les secours.
Pour retrouver son engagement, je vous conseille donc de dépasser l’état civil et de reconstituer son environnement : où vivait-il ? Quel métier exerçait-il ? Existait-il un corps de sapeurs-pompiers dans sa commune ? Quels événements ont marqué la vie locale ?
Une photographie en uniforme, quelques lignes dans une délibération municipale ou le compte rendu d’un incendie dans un journal peuvent alors révéler une facette totalement inconnue de son histoire.
Et nos ancêtres n’ont pas seulement pu être pompiers. Ils ont également pu être victimes d’un incendie, propriétaires d’un bâtiment détruit, locataires évacués, blessés, témoins ou sauveteurs. Autant de situations susceptibles d’avoir laissé des traces dans les archives.
Car lorsqu’un incendie provoque des dégâts, entraîne des déclarations, des expertises, des demandes de secours ou des indemnisations, un autre mot apparaît dans les documents : « sinistre ».
Un mot que je vous propose justement de découvrir dans mon prochain article, « LE MOT-CLÉ ».

Sources documentaires et pour en savoir plus…
- Mes outils au quotidien : Wikipédia, Vibe (ex Mistral le Chat) et chatgpt
Pour approfondir vos recherches, voici les sources officielles utilisées dans cet article :
- Ministère de l’Intérieur – historique de la création du bataillon de sapeurs-pompiers de Paris et décret du 18 septembre 1811.
- Direction générale de la Sécurité civile et de la Gestion des crises – statistiques des services d’incendie et de secours, données 2024.
- Sécurité civile – présentation des missions et de l’organisation des sapeurs-pompiers en France.
- Bibliothèque nationale de France – Presse locale ancienne, journaux numérisés et recherche plein texte (OCR).
- Gallica – collections de presse ancienne numérisée.
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