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En avril, j’ai choisi le thème du mariage, un événement central en généalogie. Le printemps est propice aux célébrations comme le mariage, la communion ou les fêtes des parents. Cependant, la saison des mariages a-t-elle était la même au fil des années ?

LE MARIAGE EN GENEALOGIE

En généalogie, retrouver l’acte de mariage de ses ancêtres est essentiel. Ce document atteste l’identité du couple, fournit des informations sur leurs parents, permet de remonter une génération et détaille l’âge, le métier et parfois le niveau social des témoins, qui peuvent être des proches. Les signatures offrent aussi des indices sur l’éducation des aïeux.  

L’acte de mariage, bien plus qu’un document administratif, éclaire la vie sociale, économique et culturelle de nos ancêtres. Il reflète traditions, contraintes et alliances familiales, comme en témoignent mes recherches : un veuf avec enfants se remarie vite et certaines familles marient plusieurs de leurs enfants simultanément. Le mariage est alors une stratégie de survie.

Histoire du mariage

Au moyen-âge, le mariage religieux est avant tout un contrat social et économique. On apporte une dot, souvent la famille de la mariée, on rassemble des terres, c’est une alliance entre familles. En 1215, l’Église catholique impose son contrôle (concile de Latran IV, 1215) et impose le consentement des époux obligatoire et interdit des mariages consanguins.

Au Moyen Âge, les filles pouvaient se marier dès 12–14 ans, et les garçons à 14–16 ans. Ces mariages précoces permettaient de sceller des alliances entre familles ou de garantir une main-d’œuvre dans les champs.

Durant l’Ancien Régime (XVIe–XVIIIe siècle), l’Ordonnance de Blois (1579) on fixe un Âge minimal :  25 ans pour les hommes, 20 ans pour les femmes (sauf dérogation parentale). L’Edit de 1639 donne obligation de publier les bans (3 dimanches consécutifs) pour éviter les mariages clandestins.

Avant la Révolution, seul le mariage catholique était reconnu. L’Eglise contrôlait les unions (bans, consentement, interdits). Des inégalités existaient vis-à-vis de l’âge qui était de 25 ans pour les hommes, 20 ans pour les femmes (sauf dérogation), la dot restait obligatoire pour les femmes (sauf pour les très pauvres) et bien sûr le divorce est interdit (sauf en cas de mort ou d’annulation pour cause canonique). Les actes étaient tenus par les curés dans des registres paroissiaux et chaque paroisse avait ses propres registres et formule de rédaction. La célébration du mariage religieux était payant avec des droits de bénédiction et de messe. Les pauvres reportaient souvent leur mariage faute de moyens. Les protestants (huguenots) et les juifs ne pouvaient pas se marier légalement en France. Ils devaient se convertir ou partir à l’étranger.

Avec la révolution, dès 1789–1791, arrivent les premières réformes. Le Décret du 20 septembre 1792 voit la Création de l’état civil laïc. La Révolution veut affaiblir l’influence de l’Église et unifier la nation. L’état civil est retiré à l’Église et confié aux municipalités qui ont obligation de tenir des registres publics pour les naissances, mariages et décès. Le Mariage religieux n’est plus reconnu, seul le mariage civil a une valeur légale.  Les mariages deviennent accessibles à tous, sans frais religieux et les officiers d’état civil (maires, adjoints) remplacent les curés.

Avec la loi du 20 septembre 1792, arrive le principe du consentement mutuel : Les deux époux doivent exprimer leur accord devant l’officier d’état civil. L’âge légal est alors de 18 ans pour les femmes et  21 ans pour les hommes (sans autorisation parentale). La Publication des bans reste obligatoire pour éviter les mariages clandestins. La Cérémonie à la mairie est simple : Lecture des droits et devoirs des époux, échange des consentements, signature du registre.sa durée est de 30 à 45 minutes contre plusieurs heures pour les mariages religieux et Gratuit (ou très peu cher, contrairement aux mariages religieux). Cette loi autorise également le divorce.

La Constitution de 1793 et Code des lois civiles (1793–1794) apporte aux femmes une égalité juridique partielle : Les femmes peuvent hériter et gérer leurs biens, le mariage civil n’impose plus de dot. Les enfants naturels peuvent être reconnus. Les protestants et juifs peuvent enfin se marier en France sans qu’ils soient obligés de se convertir.

Le Directoire (1795–1799) consolide les réformes avec des Actes d’état civil standardisés et impose un modèle pour les registres (Loi du 5 brumaire an II (25 octobre 1793)). Désormais, on est obligé de déclarer les naissances/mariages/décès sous 3 jours et le divorce est facilité.

Le Consulat et l’Empire (1799–1815) est un compromis entre Révolution et tradition. Napoléon, influencé par le catholicisme, veut stabiliser la société et réconcilier l’Église et l’État. Le mariage religieux, célébré après le mariage civil -obligatoire-, redevient important socialement. Les motifs de divorce sont restreints. Les femmes restent sous l’autorité maritale.

La loi du 8 avril 1884 confirme que le mariage civil est obligatoire avant le religieux (confirmation de 1792). Le divorce est réautorisé après son abolition en 1816 avec des motifs comme l’adultère, violence, condamnation à plus de 2 ans de prison.

Les motifs pour divorcer se sont élargis en 1965. Il faudra attendre 1975 pour que l’âge légal de la majorité soit à 18 ans pour hommes ET femmes. . Le divorce par consentement mutuel est simplifié en 1992 avec la Loi Neiertz.

LA DOT

La dot traditionnelle incombait intégralement à la famille de la mariée et avait pour vocation de constituer une « mise de départ » pour le patrimoine du couple et l’aider à démarrer sa vie commune. Elle se limitait en général au trousseau de mariage pour les gens modestes mais incluait de plus, pour les plus aisés, un apport en numéraire qui pouvait être important selon le niveau social de la famille.

Au Moyen Âge, chez les paysans par exemple, la dot était constituée de bétail (1–2 vaches), d’outils agricoles, de linge (draps, chemises) et de vaisselle en bois/étain. une somme en argent pouvait être ajoutée. Pour la bourgeoisie, c’était plutôt de l’Argent, une maison en ville, des meubles et des bijoux et une jolie somme. pour la noblesse, il s’agissait de terres, de châteaux, de rentes correspondantes à plusieurs années de revenus, de bijoux.

Sous l’Ancien Régime, pour les paysans/Ouvriers on constituait un trousseau de linge (12 draps, 6 serviettes), de vaisselle en étain, des outils et du bétail ainsi qu’un somme en numéraire. pour les plus pauvres, on transmettait un objet familial. pour la bourgeoisie, le trousseau était composait de linge fin, de meubles et d’une somme d’argent.

💡Avec la révolution, cette dot n’est plus obligatoire.

Au XIXème siècle, c’est plutôt la tradition et les convenances sociales qui conserve la dot de la mariée Chez les ouvriers, elle se compose d’argent (40–60%), de meubles (lit, armoire), de linge, et d’outils de travail (machine à coudre par exemple), chez les paysans de bétail, des terres, du linge et de la vaisselle. Au XXème siècle, la dot est plutôt constituée d’électroménager (machine à laver, réfrigérateur) mais aussi de linge de maison. De nos jours, c’est plutôt une aide financière qui est proposée.

LA CEREMONIE du mariage

PériodeDurée de la cérémonieDurée des festivitésCoût moyen (équivalent actuel)Détails
Moyen Âge1h (bénédiction)Plusieurs jours20–100 livres (~2 000–10 000 €)Banquets pour les riches, repas modeste pour les pauvres.
Ancien Régime1h (bénédiction)1–2 jours50–500 livres (~5 000–50 000 €)Droits religieux, repas familial.
Révolution (1792)30–45 min (civil)1 jourGratuitCérémonie simple à la mairie.
XIXe siècle1h–1h30 (civil + religieux)1 jour50–200 francs (~500–2 000 €)Droits religieux, repas communautaire.
XXe siècle1h–2h1 jour5 000–20 000 francs (~15 000–60 000 €)Voyage de noces (à partir des années 1960).
XXIe siècle1h–3h1 jour10 000–20 000 €Cérémonie laïque, traiteur, photographe.

Sous la Révolution, certains couples se mariaient devant un arbre de la liberté, symbole de la République naissante.

SAISONNALITE DU MARIAGE

Selon le Rapport 2025 de Mariages.net (basé sur 5 500 couples mariés en 2024), les mois les plus populaires sont juin, juillet et septembre, qui concentrent près de la moitié des mariages de l’année. Juin est souvent le mois le plus plébiscité, suivi de près par juillet et août. L’été domine largement, avec 42 % des couples choisissant cette saison en 2025, contre 31 % pour l’automne. Les mois d’hiver (janvier, février) sont les moins prisés, avec seulement 10 % des mariages sur les trois premiers mois de l’année.

L’Insee confirme que depuis cinquante ans, juin ou juillet est toujours le mois où l’on se marie le plus en France. En 2019, 60 % des mariages ont eu lieu entre juin et septembre, une tendance qui s’est renforcée depuis les années 1970

    Au XVIIIe–milieu XIXe siècle, les mariages étaient les moins nombreux en mars (Carême), août et décembre, et les plus fréquents en février et novembre. Ces mois correspondaient aux périodes hors interdits religieux (Avent, Carême) et aux temps creux du calendrier agricole, permettant aux familles paysannes et ouvrières de célébrer l’union sans perturber les travaux des champs ou les revenus saisonniers.

    Fin XIXe–début XXe siècle , avec l’industrialisation et la laïcisation, les mariages se déplacent progressivement vers avril et octobre, puis vers l’été à partir des années 1920. Le mardi était le jour de prédilection aux XVIIe et XVIIIe siècles, remplacé par le samedi au XXe siècle.

    Après 1945 : L’été s’impose définitivement comme la saison favorite, avec un pic en juillet (surtout entre 1955 et 1970), puis en juin et septembre à partir des années 1980. Les congés payés et l’essor du tourisme expliquent cette préférence.

    Selon ma généalogie, voici les jours les plus fréquents pour les mariages :

    • XVIIIe siècle (1700–1799) : Le mardi domine largement, surtout dans les années 1740–1780. Cela reflète les traditions de l’époque, où les mariages étaient souvent célébrés en semaine, hors des périodes de Carême ou d’Avent.
    • XIXe siècle (1800–1899) : Le mercredi devient très populaire, surtout dans les années 1810–1860. Le samedi commence à émerger à la fin du siècle.
    • XXe siècle (1900–1970) : Le samedi s’impose clairement comme le jour préféré, en lien avec la laïcisation et l’essor des mariages civils, ainsi que la commodité des célébrations en fin de semaine.

    Par ailleurs, j’ai regardé attentivement les actes de mariages de la ville de Lille. Pour l’année 1850 par exemple. j’ai constaté que certains jours, à 11 heures, il pouvait avoir jusqu’à 11 mariages simultanément. Pour l’année 1935, un mariage est célébré à partir de 10 heures puis toutes les cinq minutes.

    conclusion

    Le mariage est bien plus qu’un simple acte administratif : c’est une porte d’entrée sur l’histoire de nos familles. À travers les siècles, il a été un contrat économique (avec la dot), un acte politique (sous la Révolution), un rituel social (avec les charivaris ou les lancers de riz), et aujourd’hui, un moment de célébration personnelle.

    Mes observations sur les actes de mariage de Lille (ou d’autres documents comme le recensements à Bourghelles et le métier de tisserand de mon article « FAMILLE RIGAUT ») a montré à quel point ces documents regorgent d’informations précieuses : saisons, jours, âges, ou même métiers des époux. Ces détails, une fois croisés avec l’histoire locale ou nationale, permettent de reconstituer des vies entières – et parfois, de découvrir des secrets de famille !

    Et toi, quelle est la plus belle histoire de mariage que tu as découverte dans ta généalogie ? Partage-la en commentaire ! »*

      Sources

      (avec l’aide de Mistral-ai et Wikipédia)

      Statistiques officielles : Insee – 150 ans de saisonnalité des mariages insee.fr.

      • Textes de loi
      • Archives
      • Livres

      Le Code Napoléon – Jean-Louis Halpérin.

      La Révolution et le mariage – Olivier Le Cour Grandmaison.

      L’État civil en France – Jacques Dupâquier.

      En 1840, la reine Victoria a popularisé la robe blanche pour son mariage. Avant cela, les mariées portaient des robes de toutes les couleurs… y compris le noir !

      Suite aux récits du mariage de la reine Victoria, d’autres personnalités européennes ont suivi le mouvement. Les nouvelles robes étaient luxueuses : blanchir les vêtements n’était pas évident au 19ème siècle, et les robes blanches étaient difficiles à garder en état. Contrairement à aujourd’hui, les robes de mariées étaient portées plusieurs fois au cours d’une vie ; même la reine Victoria l’avait de nouveau enfilée pour d’autres occasions. Alors que les robes blanches gagnaient en popularité pour les mariages, elles prenaient également une nouvelle dimension symbolique –associées à la pureté et à l’innocence, ainsi qu’à la richesse. Le blanc rendait également bien sur les premières photographies qui étaient en noir et blanc ou en sépia.

      Texte et image : Vogue France

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