mes ancêtres dans la presse ancienne

Mon ancêtre est-il dans la presse ?

Depuis le début du mois, j’explore la presse ancienne et ce qu’elle peut apporter à une recherche généalogique. Après avoir recherché les journaux que pouvaient lire mes ancêtres La presse chez mes ancêtres, observé la rentrée scolaire La rentrée de mes ancêtres autrefois et remonté aux origines de la « gazette » Le mot-clé : Gazette, une question s’imposait : mon ancêtre est-il lui-même dans la presse ?

Comme beaucoup de généalogistes, j’ai commencé par la recherche la plus évidente : mon propre nom. J’ai saisi SOETENS dans la presse ancienne et privilégié les journaux du Nord, puisque c’est là que se trouvent de nombreuses branches de ma famille. J’ai parcouru les résultats, essayé de reconnaître des prénoms et des lieux familiers… sans rien trouver de suffisamment concluant.

J’aurais pu continuer longtemps à chercher mon patronyme. J’ai préféré changer complètement de sujet.

Quand je cesse de chercher mon nom

Je me suis alors intéressée à Saint-André-lez-Lille. Cette fois, je ne cherchais plus une personne précise, mais des informations sur la ville : sa vie quotidienne, ses événements, les faits divers qui pouvaient éclairer l’histoire locale.

Parmi les résultats apparaît pourtant un journal auquel je ne m’attendais pas : L’Est Républicain. Pourquoi un quotidien de l’Est de la France parlait-il de Saint-André ?

J’ouvre l’article. Et là, surprise : je lis mon nom.

SOETENS… mais lequel ?

Dans L’Est Républicain du 2 mai 1939, quelques lignes rapportent un fait divers survenu à Saint-André-lez-Lille. Le texte cite Gustave SOETENS, son épouse Marcelle GIORGETTI et leur fille Claire. La famille habite au 21 rue du Maréchal-de-Boufflers.

L’est républicain – 02 mai 1939 – Source : Gallica

Le patronyme attire immédiatement mon attention, mais retrouver son nom dans un journal ne suffit pas. Un SOETENS peut appartenir à ma famille sans être la personne que je pense avoir trouvée. Je retourne donc à ma généalogie.

Je découvre alors que Gustave n’est pas l’un de mes ancêtres directs. Il appartient à une branche collatérale : son père est le frère de mon ancêtre. La découverte n’en est pas moins intéressante. Au contraire, elle m’entraîne vers une branche familiale que je connaissais beaucoup moins.

Le journal devient le point de départ

Les actes permettent peu à peu de reconstituer le parcours. Gustave Louis SOETENS est né à Loos en 1896. Il épouse Marcelle GIORGETTI à Schirmeck en 1921. Leur fille Claire Marcelle naît à Lille le 1er juillet 1925. Son acte de naissance indique que son père est comptable.

Ces informations donnent soudain beaucoup plus de relief aux quelques lignes du journal. Je ne suis plus devant un simple patronyme repéré dans une colonne : je peux replacer les personnes dans une famille, suivre leurs déplacements et confronter ce que raconte la presse avec les documents d’archives.

Le fait divers m’apprend aussi où la famille vit à Saint-André-lez-Lille au moment du drame et indique que Marcelle est gérante d’épicerie. Gustave, Marcelle et Claire meurent à la suite d’une intoxication au gaz le 30 avril 1939.

En remontant une génération, une autre histoire apparaît

Je poursuis alors la recherche du côté de Loos, où vivait la génération précédente. Les recensements replacent la famille dans un environnement très lié à la filature. Le père travaille comme fileur et plusieurs de ses enfants apparaissent eux aussi dans ce monde du textile.

Puis les trajectoires professionnelles se diversifient. Gustave devient comptable. Un autre enfant est employé de chemin de fer. Et, dans l’acte de mariage de l’un de ses fils, le père est indiqué comme directeur de filature.

À ce stade, une nouvelle question apparaît : comment expliquer la présence de cette branche familiale dans l’Est de la France ?

Je remarque que l’entreprise textile Thiriez, très présente à Loos, s’est développée au-delà de son implantation d’origine et a connu différents établissements et rapprochements industriels. La famille aurait-elle suivi une entreprise ou une opportunité professionnelle vers l’Est ? La piste est tentante, mais je n’ai pas encore trouvé le document qui permettrait de l’affirmer. Je la conserve donc comme une hypothèse de recherche, et non comme une conclusion.

Thiriez – Les oeuvres sociales – Source : Thiriez.org

Thiriez : de la filature à la Cité des Jardins

À Loos, difficile de raconter l’histoire du textile sans rencontrer le nom de Thiriez. L’entreprise familiale se développe au XIXe siècle et la construction de l’usine de Loos commence en 1871. Elle travaille le coton et se spécialise notamment dans les fils à coudre. Au tournant du XXe siècle, l’ensemble industriel est considérable : en 1900, les usines s’étendent sur vingt hectares et emploient environ 2 000 ouvriers, hommes et femmes.

Mais Thiriez ne construit pas seulement des usines. À mesure que les effectifs augmentent, l’entreprise participe aussi au logement de son personnel. En 1913, 268 maisons composent déjà une cité ouvrière, avec des logements différents selon qu’ils sont destinés aux ouvriers ou aux employés. Les maisons possèdent leur propre organisation intérieure et, surtout, une cour et un jardin. Certaines sont adaptées aux jeunes ménages, d’autres aux familles nombreuses.

Après la Première Guerre mondiale, une nouvelle étape est franchie. À partir de 1920 commence la construction d’une véritable cité-jardin comprenant 88 maisons et trois immeubles collectifs. Les maisons s’organisent cette fois en petits groupes autour de jardins et d’espaces verts, dans une architecture inspirée de la tradition flamande. Certaines comptent quatre ou cinq chambres pour accueillir les familles nombreuses. Même les appartements des immeubles collectifs disposent d’un jardin.

C’est précisément là que cette histoire industrielle rejoint ma généalogie. Dans les recensements de Loos, je retrouve la branche SOETENS à la Cité des Jardins. Plusieurs membres de la famille travaillent dans la filature. Leur adresse devient alors bien plus qu’une indication géographique : elle permet de replacer la famille dans un quartier façonné par l’industrie textile, où l’entreprise pouvait être présente à la fois dans le travail, le logement et une partie de la vie quotidienne. Les cités Thiriez disposaient en effet d’autres équipements destinés au personnel : crèche, école, économat, coopérative, jardins potagers ou encore équipements de loisirs.

Du fil Thiriez au fil de nos canevas
L’histoire de Thiriez rejoint finalement celle d’un nom que beaucoup connaissent encore : DMC. Après le rapprochement avec Cartier-Bresson, Thiriez fusionne avec Dollfus Mieg et Compagnie en 1961. DMC produit notamment des fils destinés à la broderie, à la tapisserie et au canevas. Quelques décennies plus tard, ces échevettes colorées accompagnent l’essor des loisirs créatifs et des canevas que l’on brode à la maison. Le Retors Mat DMC, toujours commercialisé aujourd’hui, est précisément un coton conçu pour la tapisserie sur canevas.

Un journal peut en cacher un autre

À présent, je ne cherche plus à l’aveugle. Le premier article m’a donné des noms, une adresse, une date et les circonstances d’un événement. Je peux reprendre la presse avec de nouveaux éléments.

Cette fois, je retrouve l’affaire beaucoup plus près de son lieu : dans Le Grand Écho du Nord de la France du 1er mai 1939. Et le contraste est saisissant.

Le grand écho du nord – 01 mai 1939 – Source Gallica

Dans L’Est Républicain, l’événement tient en quelques lignes dans les faits divers. Dans le quotidien du Nord, l’accident est annoncé dès la première page sous le titre « Un navrant et terrible accident à St-André-lez-Lille ». L’article développe davantage les circonstances du drame.

Cette deuxième découverte me rappelle une règle simple : le premier article trouvé n’est pas forcément celui qui racontera le mieux l’événement. Une courte mention peut surtout fournir les mots, la date et le lieu qui permettront de poursuivre la recherche dans d’autres journaux.

Mon ancêtre est-il dans la presse ?

Au début de cette recherche, c’est exactement la question que je m’étais posée. J’avais recherché mon patronyme dans la presse ancienne, en commençant naturellement par les journaux du Nord. Je n’avais rien trouvé de suffisamment concluant.

Puis j’ai cessé de chercher les SOETENS.

C’est en m’intéressant à Saint-André-lez-Lille que mon patronyme est réapparu, là où je ne l’attendais pas : dans un journal de l’Est de la France. Quelques lignes consacrées à un fait divers m’ont conduite vers une branche collatérale de ma famille, puis vers Loos, Schirmeck, les métiers de la filature et une nouvelle question sur les déplacements de cette famille.

Alors, mon ancêtre est-il dans la presse ? Dans cette recherche, ce n’est finalement pas un ancêtre direct que j’ai retrouvé. Mais j’ai découvert quelque chose de tout aussi précieux : une branche familiale que je ne serais probablement pas allée explorer de cette manière sans cette rencontre inattendue avec mon patronyme.

Chercher un nom est une piste. Chercher les lieux où nos familles ont vécu, leurs métiers, leurs entreprises ou les événements qui les entouraient peut en être une autre. Et parfois, c’est justement lorsque l’on cesse de chercher directement son ancêtre que la presse ancienne nous ramène jusqu’à sa famille.

La presse ancienne et la généalogie

La presse n’est pas seulement une base dans laquelle saisir un nom. Elle peut être explorée par un lieu, une rue, une profession, une entreprise ou un événement. Chaque nouvelle information peut ensuite être confrontée à l’état civil, aux recensements et aux autres archives.

Dans cette enquête, une recherche sur une ville a ouvert une branche familiale, une courte coupure a conduit à un article beaucoup plus développé, et les documents généalogiques ont fait naître une nouvelle piste sur la mobilité professionnelle de la famille.

Mais une question demeure : pourquoi ma première recherche sur le nom SOETENS ne m’avait-elle pas conduite directement jusqu’à ces articles ? Reconnaissance du texte, variantes, choix des mots, journaux numérisés ou non… Ce sera justement le sujet du prochain rendez-vous : « Mon ancêtre, inconnu dans la presse ? ».

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Sources documentaires et pour en savoir plus…

  • Mes outils au quotidien : Wikipédia, Vibe (ex Mistral le Chat) et chatgpt

Pour approfondir vos recherches, voici les sources officielles utilisées dans cet article :

  • L’Est Républicain, 2 mai 1939, rubrique « Faits divers » : intoxication au gaz de la famille SOETENS-GIORGETTI à Saint-André-lez-Lille.
  • Le Grand Écho du Nord de la France, 1er mai 1939, première page : « Un navrant et terrible accident à St-André-lez-Lille ».
  • Archives départementales du Nord, état civil de Lille, acte de naissance de Claire Marcelle SOETENS, 1er juillet 1925.
  • Archives départementales du Nord, recensements de population de Loos : famille SOETENS et professions liées à la filature.
  • Actes d’état civil et documents généalogiques familiaux : parcours de Gustave Louis SOETENS, Marcelle GIORGETTI et Claire Marcelle SOETENS.
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Avez-vous consulter la presse ancienne à la recherche de vos ancêtres ?

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