
Cette semaine, la France commémore le 8 mai, reconnu comme jour férié. J’ai souhaité approfondir l’origine de cette célébration nationale ainsi que l’expérience de mes ancêtres à cette période.
Le contexte
Depuis 1939, l’Allemagne nazie a envahi une grande partie de l’Europe. La France, occupée depuis 1940, est libérée progressivement à partir de 1944.
LIBERATION DE LA NORMANDIE
Suite au Débarquement de Normandie le 6 juin 1944, Cherbourg est le premier port de France libéré (le 1er juillet 1944).

Les combattants du Débarquement de Normandie le 6 juin 1944 étaient principalement de nationalité américaine, britannique et canadienne. Sur les 156 000 soldats débarqués ou parachutés ce jour-là, on comptait environ 59 000 Américains, 73 000 Britanniques et 21 400 Canadiens. Cependant, la coalition alliée a impliqué une quinzaine de nationalités différentes au total, dont des Français (notamment les 177 fusiliers commandos du commando Kieffer), des Polonais, des Belges, des Tchécoslovaques, des Néerlandais, des Norvégiens, des Luxembourgeois, et d’autres encore, qui ont participé soit directement au débarquement, soit aux opérations de soutien naval et aérien dans les jours et semaines suivants
LIBERATION DE PARIS

La Libération de Paris a eu lieu du 19 au 25 août 1944, marquant la fin de quatre années d’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet événement s’est déroulé dans un contexte d’insurrection populaire, avec l’érection de barricades par les Parisiens dès le 23 août, et l’intervention décisive de la 2e division blindée française du général Leclerc, soutenue par les Alliés. La reddition allemande a été signée le 25 août 1944 à la gare Montparnasse, en présence du général Leclerc et du colonel Rol-Tanguy, chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI) à Paris.
Cette libération a été le résultat d’une mobilisation à la fois militaire et civile, avec une forte implication des résistants et de la population parisienne, qui a joué un rôle actif dans la construction de barricades et les combats de rue.
LIBERATION DU NORD DE LA FRANCE ET LA BELGIQUE
Paris libéré, les Alliés se dirigent vers le Nord et la Belgique. Dans la nuit du 26 au 27 août 1944, 300 hommes du réseau Sylvestre-Farmer détruisent des kilomètres de voies ferrées autour d’Armentières. Le 30 août, les Allemands quittent progressivement Lille. Les cafés, restaurants et cinémas sont ouverts. La vie reprend. Dans la nuit du 31 août au 1er septembre, les Allemands font sauter les dépôts de munitions des aérodromes de Lesquin, Ronchin et Bondues. Le 1er septembre est aussi celui du départ du dernier convoi de déportation quittant le sol français, le train de Loos.

LE TRAIN DE LOOS
Le 1er septembre 1944, deux jours avant la libération de Lille, 871 Nordistes étaient déportés vers les camps de concentration des nazis. Ce dernier convoi de déportation reste dans les mémoires sous le nom de « train de Loos ».
Le train de Loos, dernier convoi vers les camps de concentration – Nord Info
Pour libérer le Nord-Pas-de-Calais et la Belgique, les Britanniques sont épaulés par les Américains qui se dirigent vers la Wallonie, et par les Canadiens et les Polonais chargés des côtes de la mer du Nord.
Douai sera la première commune du Nord libérée. Nous sommes le 1er septembre 1944, et le lendemain, les villes de Cambrai et Valenciennes seront libérées à leur tour. À Lille, la Résistance et les FFI (Forces françaises de l’intérieur) reprennent la Préfecture et la mairie, mais aussi la citadelle pour s’emparer des munitions. Lille a été libérée les 2 et 3 septembre 1944. La ville était occupée depuis le 31 mai 1940, et sa libération a été rendue possible grâce à l’action conjointe des FFI et des troupes britanniques. Les combats se poursuivent dans les communes alentour. Les Anglais décident de contourner Lille pour libérer Bruxelles au plus vite. Mais à 17h, quand certains font leur entrée dans Lille, ils constatent d’emblée que la ville a déjà été libérée… par les Lillois ! La liesse populaire s’empare de la ville.
Bruxelles a été libérée le 3 septembre 1944 par la 2e Armée britannique, accompagnée de la Brigade Piron des Forces belges libres. De Décembre 1944 – à février 1945 se déroule La bataille des Ardennes qui retarde la libération complète de l’est du pays. La Belgique est définitivement libérée en février 1945, après la fin des combats dans les Ardennes
Le 5 septembre au soir, 95% du Nord est libre. Sur les côtes du Nord-Pas-de-Calais, il reste encore trois poches de résistance allemandes : les trois ports de Boulogne-sur-Mer, Calais et Dunkerque. Le 10 septembre, les troupes alliées encerclent Dunkerque tenue par près de 17 000 hommes dont 2 000 Waffen SS. Le 15 septembre, le siège de Dunkerque commence. Il faut attendre le 9 mai 1945 la signature du dernier acte de reddition en France. Dunkerque est la ville de France qui aura subi la plus longue période d’occupation allemande : 4 ans 11 mois et 5 jours.
FIN DES COMBATS EN EUROPE
Si à l’ouest, les Alliés avancent, à l’est, l’URSS progresse aussi vers Berlin. La capitulation allemande mettant fin à la Seconde Guerre mondiale en Europe a été signée à deux reprises :
- Le 7 mai 1945 à Reims : le général Alfred Jodl, représentant le Haut Commandement allemand et agissant au nom de l’amiral Karl Dönitz (successeur d’Hitler), signe l’acte de reddition sans condition devant les Alliés, en présence notamment du général américain Walter Bedell Smith et du général français François Sevez
- Le 8 mai 1945 à Berlin : à la demande de Staline, une seconde signature a lieu, cette fois en présence du maréchal Wilhelm Keitel, chef d’état-major de la Wehrmacht, devant le maréchal soviétique Gueorgui Joukov et les représentants alliés. C’est cette date qui est retenue comme la fin officielle de la guerre en Europe.
Ces deux actes marquent la fin des hostilités en Europe, même si la guerre se poursuit dans le Pacifique jusqu’en août 1945.
LES COMMEMORATIONS
Dès 1946, la date est commémorée, mais son statut de jour férié a connu des évolutions au fil des décennies :
- Loi du 7 mai 1946 fixe la date de commémoration de la Victoire au dimanche 8 mai ou le premier dimanche qui suit cette date.
- Loi du 20 mars 1953 : le 8 mai devient un jour férié.
- Décrét du 11 avril 1959 suppression de jour férié (contexte de la réconciliation franco-allemande) une commémoration du 8 mai 1945 est maintenue le 2ème dimanche de mai.
- Décret du 17 janvier 1968 prévoit de commémorer cette date anniversaire chaque 8 mai en fin de journée.
- De 1975 à 1981, abandon au profit du 9 mai, en souvenir du discours de Robert Schumann sur la construction européenne.
- 2 octobre 1981 Commémoration du 8 mai est rétablie et devient à nouveau un jour férié.

Et après… construction de l’Europe
Entre 1975 et 1981, la France n’a plus commémoré le 8 mai 1945. En 1975, le président Valéry Giscard d’Estaing décide de supprimer la commémoration officielle de la victoire sur l’Allemagne nazie et de la remplacer par une Journée de l’Europe, afin de marquer la réconciliation franco-allemande.
Depuis, la date du 9 mai est devenue la Journée de l’Europe, jour où Robert Schuman, en 1950, a proposé la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Un acte fondateur de l’intégration européenne moderne.
Célébrations et symboles
En France, les commémorations de la Libération et de la victoire de 1945 sont marquées par des cérémonies officielles, souvent présidées par les plus hautes autorités de l’État. Chaque 8 mai, des hommages sont rendus aux morts de la Seconde Guerre mondiale lors de dépôts de gerbes, de discours et de défilés militaires, notamment à Paris devant la tombe du Soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe. Les villes et communes organisent aussi des rassemblements locaux, avec la participation d’anciens combattants, de porte-drapeaux et d’associations d’anciens résistants ou déportés. Ces cérémonies sont l’occasion de rappeler l’engagement des forces alliées, des résistants français et de la population civile dans la lutte contre le nazisme, et de transmettre la mémoire de cette période aux jeunes générations.

Le 8 mai en généalogie
Mes grands-parents, originaires du Nord, de la Manche ou de Belgique, étaient tous installés à Lille durant cette période. Ils ont connu cette guerre, et les bombardements. Ma grand-mère a même donné naissance durant l’exode. Certains de leur proches étaient résistants, d’autres combattants, un oncle est décédé en déportation en 1942. Comme de nombreux parents, ils se sont employés à protéger leurs enfants, cherchant refuge dans les abris et pratiquant le troc pour assurer leur alimentation ….durant plus de 4 années.
Cette journée de la Libération tant attendue demeure dans les mémoires et nous appelle à perpétuer ce devoir de mémoire.
📚 Sources documentaires
- Ministère de l’Intérieur
Les 80 ans de la Libération de Paris | Ministère de l’Intérieur
- Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la recherche
dossier_pedagogique_partie3.pdf
- L’Internaute
8 mai 2026 : pourquoi est-il un jour férié et que commémore-t-on ?
- Nord-Info
Septembre 1944 : le Nord enfin libre ! – Nord Info
- LE TRAIN DE LOOS
Le train de Loos, 1er septembre 1944 – 3 septembre 1944
Histoire de la ville | Ville de Loos
Il y a 70 ans, le train de Loos, dernier convoi vers les camps de concentration – ICI

