Illustration de l’article « Reconstruction après un incendie », consacré à l’après-incendie, à la reconstruction et aux sources utiles en généalogie.

Reconstruction après un incendie.

Ce mois-ci, je me suis intéressée aux incendies et aux nombreuses traces qu’ils peuvent laisser dans l’histoire de nos familles. Après les grands incendies, les sapeurs-pompiers puis les différents acteurs mobilisés lors d’un sinistre, il reste une dernière étape à explorer : que se passe-t-il lorsque les flammes sont éteintes ?

Mercredi dernier, je me suis intéressée aux nombreux intervenants mobilisés pendant un incendie. Mais une fois les secours partis, pour les habitants, les entreprises ou les communes touchées, l’histoire est loin d’être terminée. Il faut évaluer les dégâts, mettre les bâtiments en sécurité, reloger, indemniser, réparer et parfois reconstruire tout un quartier.

Pour suivre cet après-incendie de manière concrète, je vous propose aujourd’hui un fil rouge : l’Hôtel de Ville de Paris, détruit par les flammes le 24 mai 1871. Son histoire permet de suivre la catastrophe, la reconstruction du bâtiment, mais aussi une reconstruction beaucoup plus inattendue pour le généalogiste : celle des archives disparues.

Le 24 mai 1871, l’Hôtel de Ville disparaît dans les flammes

Hôtel de ville de Paris-1865-avant la commune- source : Musée Carnavalet.

Pendant les derniers jours de la Commune de Paris, plusieurs bâtiments de la capitale sont incendiés. Le 24 mai 1871, l’Hôtel de Ville est à son tour ravagé. Sa bibliothèque historique disparaît, ainsi qu’une partie des archives qui y étaient conservées.

Pour le généalogiste, les conséquences sont considérables. Les registres paroissiaux et les registres d’état civil parisiens antérieurs à 1860 avaient été conservés à l’Hôtel de Ville, dans son annexe et au Palais de justice. Les incendies de mai 1871 font disparaître l’ensemble de ces collections, à l’exception de quelques épaves.

Les Archives de Paris estiment à environ 8 millions le nombre d’actes détruits. Ce chiffre donne immédiatement une autre dimension à l’incendie : ce ne sont pas seulement des murs qui disparaissent, mais une partie de la mémoire administrative et familiale de Paris.

Après l’incendie : décider de reconstruire

Une fois les ruines sécurisées vient le temps des décisions. Faut-il restaurer, reconstruire à l’identique ou profiter de la catastrophe pour imaginer un bâtiment différent ?

Dans le cas de l’Hôtel de Ville, le conseil municipal, provisoirement installé au palais du Luxembourg, décide en 1873 de reconstruire l’édifice. Un concours d’architecture est organisé. Théodore Ballu et Édouard Deperthes sont retenus.

Leur projet retrouve l’esprit Renaissance de l’ancienne façade, tandis que l’intérieur répond aux besoins d’une administration moderne. Le nouvel Hôtel de Ville est notamment doté de l’électricité, du téléphone, d’ascenseurs et du chauffage central. Les travaux s’achèvent en 1882.

Cet exemple rappelle qu’après un incendie, reconstruire ne signifie pas nécessairement revenir exactement à la situation précédente. Une catastrophe peut modifier durablement un bâtiment, une rue ou un quartier. Pour une recherche familiale, le paysage que j’observe aujourd’hui n’est donc pas forcément celui que connaissait mon ancêtre.

L’incendie de l’Hôtel de Ville rappelle que reconstruire les bâtiments est possible, mais que certains patrimoines ne peuvent l’être totalement. Pour les généalogistes, la disparition de l’état civil parisien antérieur à 1860 en est l’un des exemples les plus célèbres.

Hôtel de ville de Paris-incendié, vue de la grande façade. source Musée Carnavalet

Reconstruire les bâtiments… et reconstruire les archives

L’histoire parisienne possède ici une particularité remarquable. Après l’incendie, il ne faut pas seulement rebâtir l’Hôtel de Ville : il faut tenter de reconstituer l’état civil disparu.

La loi du 12 février 1872 prescrit la reconstitution de l’état civil parisien antérieur à 1860. Le travail se poursuit jusqu’en 1896. Les documents encore conservés dans les familles ou dans d’autres fonds permettent de rétablir près de 3 millions d’actes, principalement du XIXe siècle. Les Archives de Paris précisent qu’une seconde opération de reconstitution est menée entre 1941 et 1958. Elle aboutit à 120 000 fiches et à la reconstitution de 110 000 actes supplémentaires, avec une attention particulière portée aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Si je recherche un ancêtre à Paris avant 1860 et que je rencontre la mention « état civil reconstitué », je suis encore aujourd’hui face à une conséquence directe des incendies de mai 1871.

L’hôtel de ville de Paris, reconstruit-
source Hotel de Ville | Hotel de Ville (1873-1882), rebuilt by Theo… | Flickr

Après un incendie, de nouvelles archives apparaissent

Il y a là un paradoxe intéressant pour le généalogiste : un incendie peut détruire des documents, mais ses conséquences produisent à leur tour de nouvelles archives.

Après un sinistre, je peux rechercher les délibérations du conseil municipal, les arrêtés du maire, la correspondance administrative, les dossiers de secours, les expertises, les plans, les documents liés aux travaux, les photographies, les cartes postales ou encore les transformations visibles dans les documents cadastraux.

Dans une commune plus petite, les archives municipales et départementales peuvent donc devenir essentielles. Une décision concernant la reconstruction d’une maison, une aide accordée à une famille ou une dépense exceptionnelle votée après un incendie peut faire apparaître des noms qui ne figureraient pas dans les sources généalogiques habituelles.

Suivre la reconstruction dans la presse ancienne

La presse constitue une autre manière de prolonger la recherche. Le journal ne raconte pas uniquement le jour de la catastrophe. Il peut revenir ensuite sur les travaux, les décisions des autorités, les difficultés rencontrées, les financements ou l’inauguration d’un bâtiment reconstruit.

Avec l’Hôtel de Ville de Paris, ma recherche ne doit donc pas se limiter aux mots « incendie Hôtel de Ville » et à l’année 1871. Pour suivre l’après-incendie, je peux changer de vocabulaire et élargir la période : « reconstruction Hôtel de Ville », « nouvel Hôtel de Ville », « concours Hôtel de Ville », « Ballu Deperthes », puis rechercher entre 1873 et 1882. Cette manière de chercher est importante : une même histoire produit des mots différents selon le moment auquel je m’intéresse. Le vocabulaire de la catastrophe laisse progressivement place à celui des secours, des travaux puis de la reconstruction.

C’est justement ce principe que je développerai en septembre lorsque je consacrerai le thème du mois à la presse ancienne, avec un cas pratique très différent : la rentrée des classes.

L’Hôtel de Ville de Paris : une histoire mouvementée

Du Moyen Âge à l’incendie de 1871

L’histoire de l’Hôtel de Ville de Paris commence bien avant le bâtiment que nous connaissons aujourd’hui. En 1357, Étienne Marcel, prévôt des marchands, achète la « Maison aux Piliers », située place de Grève. Elle devient le siège de la municipalité parisienne. Devenue trop vétuste, elle est remplacée sous François Ier. La première pierre du nouvel Hôtel de Ville est posée le 15 juillet 1533. Les travaux, ralentis notamment par les guerres de Religion, ne s’achèvent qu’en 1628. Le bâtiment connaît déjà le feu en 1652, pendant la Fronde : des émeutiers incendient ses portes avant d’envahir l’édifice. Deux siècles plus tard survient l’incendie qui va bouleverser son histoire.

1871 : l’Hôtel de Ville en ruines

Le 24 mai 1871, pendant la Commune de Paris, l’Hôtel de Ville est incendié. Le bâtiment, sa bibliothèque historique et les archives qu’il abrite sont ravagés. Le conseil municipal décide sa reconstruction en 1873. Théodore Ballu et Édouard Deperthes remportent le concours d’architecture. Leur projet reprend l’aspect Renaissance de la façade historique, tandis que l’intérieur est entièrement repensé pour les besoins d’une administration moderne.

Avant – après : le même Hôtel de Ville ?

De loin, le bâtiment reconstruit donne l’impression d’être revenu à son état antérieur. Pourtant, l’Hôtel de Ville actuel est bien un édifice de la fin du XIXe siècle. La façade reprend le vocabulaire architectural de l’ancien Hôtel de Ville, mais l’intérieur appartient à une autre époque. Électricité, téléphone, ascenseurs et chauffage central en font l’un des bâtiments publics les plus modernes de son temps.Même son décor raconte la reconstruction : en 1879, le conseil municipal organise notamment le choix des personnages célèbres représentés par les statues de la nouvelle façade

Les images et les objets racontent aussi l’après-incendie

Les sources ne sont pas uniquement écrites. Le musée Carnavalet conserve par exemple une peinture de Victor Dargaud représentant l’Hôtel de Ville en reconstruction en 1880. Échafaudages et blocs de pierre permettent de voir concrètement ce chantier quelques années après l’incendie.

Le musée conserve également une médaille de Jules Chaplain réalisée en 1882 pour commémorer la reconstruction. Elle représente la Ville de Paris tenant un plan devant le nouvel Hôtel de Ville. Au revers, l’inscription rappelle que la Ville de Paris a réédifié son Hôtel de Ville de 1874 à 1882, sous la direction de Théodore Ballu et Édouard Deperthes.

Photographies, tableaux, médailles, cartes postales ou plans peuvent ainsi compléter les archives administratives et la presse. Ils permettent parfois de voir le lieu tel que l’ont connu nos ancêtres.

En 1882, une médaille commémorative est consacrée à la reconstruction de l’Hôtel de Ville de Paris. Plus de dix ans après l’incendie, la reconstruction devient elle-même un événement que l’on choisit de conserver dans la mémoire collective.

Et lorsque c’est tout un territoire qui doit renaître ?

L’après-incendie ne concerne pas seulement les bâtiments. Lorsqu’un feu touche une forêt ou un vaste espace naturel, il faut sécuriser les lieux, évaluer les dégâts, protéger les sols et déterminer comment le milieu va se reconstituer. Cette question nous ramène également à l’histoire. Les forêts que nous voyons aujourd’hui ne sont pas nécessairement celles que connaissaient nos ancêtres.

Défrichements, exploitation du bois, plantations et reboisements ont profondément transformé certains paysages.

Derrière ces transformations se trouvent aussi des familles et des métiers : bûcherons, charbonniers, sabotiers, scieurs de long ou gardes forestiers. Je reviendrai sur cette histoire en octobre, lorsque la forêt deviendra le fil conducteur du mois.

Ces remparts bretons de 2 600 mètres attirent chaque année 2 millions de visiteurs. – Carre d’info

Saint-Malo : reconstruire une ville presque disparue

Un autre exemple d’incendie est celui de la ville de Saint-Malo, détruite à près de 80 % intra-muros lors des bombardements de la seconde guerre mondiale.

Pourquoi Saint-Malo est-elle bombardée en 1944 ?

Pendant l’Occupation, Saint-Malo occupe une position stratégique sur la côte bretonne. Les Allemands l’intègrent au Mur de l’Atlantique et fortifient fortement le secteur, notamment la Cité d’Alet et l’île de Cézembre. À Alet sont installés batteries d’artillerie, casernements, galeries souterraines et ouvrages défensifs.

Après la percée d’Avranches, les troupes américaines progressent en Bretagne à partir de la fin de juillet 1944. Saint-Malo est considérée comme une forteresse allemande qu’il faut neutraliser.

À partir du 6 août 1944, les combats et bombardements se succèdent pendant une dizaine de jours. Les incendies se propagent dans l’Intra-Muros. Les habitants se réfugient dans les caves et les abris. Le 14 août, l’Intra-Muros est libéré ; la garnison allemande retranchée à Alet ne capitule que le 17 août. Le bilan matériel est immense : 683 immeubles sur 865 sont touchés : environ 80 % de l’Intra-Muros est détruit.

Fallait-il reconstruire Saint-Malo à l’identique ?

C’est justement là qu’il faut nuancer une idée très répandue. On entend souvent que Saint-Malo a été « reconstruite à l’identique ». Ce n’est pas tout à fait exact.

Dès 1944-1945, architectes, services de l’État et défenseurs du patrimoine examinent les ruines. Raymond Cornon, architecte en chef des Monuments historiques, cherche à conserver les éléments présentant une valeur patrimoniale tandis que le futur plan urbain doit également répondre aux besoins d’une ville moderne.

À partir de 1947, Louis Arretche prend la direction du grand chantier de reconstruction. Le principe retenu consiste davantage à retrouver l’esprit et la silhouette de Saint-Malo qu’à reproduire maison après maison la ville disparue. Les volumes, les hauteurs, le granit, les toitures et l’organisation générale permettent de conserver l’impression d’une cité historique à l’intérieur de ses remparts. Mais derrière certaines façades traditionnelles se trouvent des structures et des logements modernes. Quelques bâtiments remarquables sont en revanche véritablement reconstruits à l’identique ou presque.

Et les pierres de la ville détruite ?

Après les bombardements, les gravats ne sont pas systématiquement jetés. Une partie est récupérée pour servir de remblais, de moellons ou être réemployée dans la reconstruction, à une époque où les matériaux manquent. Mais reconstruire une ville entière exige énormément de pierre neuve.

Pour certains bâtiments historiques, les carrières des îles Chausey sont rouvertes afin de fournir du granit, comme elles l’avaient déjà fait aux XVIIe et XVIIIe siècles. Pour d’autres constructions, le granit provient notamment des carrières de la région de Dinan. Nous avons même une trace précise : l’Inventaire du patrimoine de Bretagne indique que le granit extrait de la carrière Rioche à Bobital, dans les Côtes-d’Armor, a été utilisé pour la reconstruction de Saint-Malo Intra-Muros.

Reconstruire une ville fait travailler tout un territoire : carriers, tailleurs de pierre, maçons, architectes, ouvriers, transporteurs…

Une reconstruction qui laisse elle aussi des archives

Le plan général de reconstruction et d’aménagement de Saint-Malo, couvrant 1945-1959, est aujourd’hui conservé dans le fonds de l’architecte Louis Arretche au Centre d’archives d’architecture contemporaine de la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Photos ci-dessous : Saint-malo- avant, pendant et après sa reconstruction.

  • Avant 1944 : la carte postale montrant la cathédrale avec sa haute flèche néogothique. Cette flèche datait du XIXe siècle : sa croix avait été posée en 1860. La vue depuis la Grande Rue est particulièrement intéressante parce qu’elle montre aussi le tissu urbain très dense autour de la cathédrale.
  • Après les bombardements de 1944 : la photographie avec la charrette, les blocs de pierre et la cathédrale en arrière-plan représente bien la reconstruction : on voit non seulement les destructions, mais aussi les matériaux au sol. L’Inventaire du patrimoine précise justement que des matériaux récupérés sur place ont été réemployés lors de la reconstruction de Saint-Malo.
  • Après reconstruction : La flèche détruite en 1944 n’a été reconstruite qu’en 1987. La restauration de la cathédrale avait commencé bien auparavant sous la direction de Raymond Cornon et s’est étalée sur plusieurs décennies.

Cathédrale Saint-Malo, Saint-Vincent-de-Saragosse, rue de la Blatrerie (Saint-Malo), Elévation Sud, clocher : vue générale (IVR53_19943500173X) – Inventaire Général du Patrimoine Culturel

L’après-incendie en généalogie

L’incendie de l’Hôtel de Ville de Paris en 1871 montre les deux visages d’une catastrophe pour le généalogiste. Le feu détruit des bâtiments et des archives, mais l’après-incendie produit à son tour de nouvelles traces.

Lorsque je découvre qu’un incendie a touché la commune, le quartier, la maison ou l’entreprise où vivaient mes ancêtres, je ne dois donc pas arrêter ma recherche au jour où les flammes se sont déclarées.

Que s’est-il passé la semaine suivante ? Un an après ? Dix ans plus tard ? Une famille a peut-être été relogée, une maison reconstruite, une entreprise déplacée, une rue transformée ou un paysage replanté.

L’histoire d’un incendie ne se termine pas lorsque les flammes s’éteignent. Pour le généalogiste, c’est parfois à ce moment-là qu’une nouvelle recherche commence.

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Sources documentaires et pour en savoir plus…

  • Mes outils au quotidien : Wikipédia, Vibe (ex Mistral le Chat) et chatgpt

Pour approfondir vos recherches, voici les sources officielles utilisées dans cet article :

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