
Les stations balnéaires
Pour rester dans le thème estival, je me suis demandée si mes ancêtres aimaient – et pouvaient- se rendre en bord de mer comme nous le faisons aujourd’hui dès l’arrivée des beaux jours. Voici donc un aperçu sur l’histoire des stations balnéaires et du thermalisme.
L’invention des stations balnéaires au XIXe siècle marque un tournant dans l’histoire des loisirs et du tourisme en France. Avant cette période, la mer était perçue comme un espace hostile, associé aux naufrages, aux maladies et à la misère des populations côtières. En moins d’un siècle, elle est devenue un lieu de villégiature prisé, symbole de modernité, de santé et de distinction sociale. Cet article retrace l’émergence et le développement des stations balnéaires, depuis leurs origines timides jusqu’à leur âge d’or, en passant par les innovations sociales, médicales et technologiques qui ont transformé la mer en destination touristique majeure.
Pour les généalogistes, comprendre cette histoire permet de retracer les déplacements de leurs ancêtres, de découvrir leurs habitudes de villégiature et, parfois, de retrouver des traces de leur présence dans les archives locales et sur les photos de famille.
La mer dans l’Antiquité et le Moyen Âge : un milieu redouté
Dès l’Antiquité, certaines civilisations pratiquent les bains de mer, mais pour des raisons très éloignées du tourisme moderne. Chez les Grecs, les bains marins ont une fonction à la fois thérapeutique et religieuse, l’eau de mer étant réputée soulager notamment les rhumatismes et certaines affections cutanées. Les élites romaines y ont également recours, mais ces usages restent limités et réservés à une minorité.

Au Moyen Âge, la mer est surtout perçue comme un espace dangereux, associé aux tempêtes, aux naufrages et à la pauvreté des populations côtières. Les bains de mer disparaissent presque entièrement en Europe et cèdent la place aux bains thermaux, comme à Vichy ou à Aix-les-Bains, qui demeurent jusqu’au XVIIIe siècle la principale forme de tourisme de santé.
XVIè siècle, le début du thermalisme
À partir du XVIe siècle, le thermalisme se développe en France sous l’effet de la Renaissance et des progrès médicaux. Les stations thermales deviennent alors des lieux de soins, mais aussi de sociabilité pour l’aristocratie et la bourgeoisie :
- Vichy (Auvergne) : connue depuis l’Antiquité, elle devient dès le XVIIe siècle une destination recherchée pour ses eaux réputées soulager les troubles digestifs et les rhumatismes.
- Aix-les-Bains (Savoie) : fréquentée par les ducs de Savoie, elle attire une clientèle fortunée venue se soigner.
- Plombières (Vosges) : très en vogue sous Louis XIV et Louis XV, elle séduit autant pour ses soins que pour sa vie mondaine.
Par leur organisation — hôtels, casinos, promenades — et par le public qu’elles accueillent, ces stations annoncent les futures stations balnéaires. La mer, toutefois, n’occupe pas encore de place dans ces pratiques.

XVIII è siècle : les prémices des bains de mer
Au XVIIIe siècle, une révolution culturelle s’amorce en Europe, notamment en Angleterre. En 1700, le médecin Richard Russell publie un traité sur les vertus thérapeutiques de l’eau de mer. Il recommande les bains marins pour soigner la scrophule (une forme de tuberculose) et les maladies glandulaires.
En 1753, le docteur William Buchan vante les bienfaits des bains de mer pour la santé.
Les premières stations anglaises : Brighton (transformée par le prince de Galles, futur George IV, à partir de 1783) et Bath deviennent des destinations à la mode. La baignade en mer y est pratiquée de manière codifiée : on se baigne en tenue de laine, séparément selon le sexe, sous la surveillance de « baigneurs » professionnels.


En France, ces pratiques restent marginales, mais quelques initiatives voient le jour. Dès les années 1770, à Dieppe (Normandie), des bains de mer sont organisés pour une clientèle aristocratique.
Au Havre, la mode des bains marins y est introduite par des émigrés anglais fuyant la Révolution française. Ce changement de régime et les guerres napoléoniennes (1789-1799) freinent le développement du balnéarisme en France. Il faudra attendre le XIXe siècle pour voir émerger les premières stations balnéaires françaises à grande échelle.
L’essor des stations balnéaires au XIXe siècle (1800–1900)
Le XIXe siècle est marqué par une anglicisation des mœurs en France, notamment sous l’impulsion de l’impératrice Eugénie (épouse de Napoléon III), qui adore l’Angleterre et ses coutumes. Les élites françaises adoptent la mode des bains de mer, popularisée par les stations anglaises comme Brighton ou Bath. Les guides de voyage (comme ceux de Murray ou Baedeker) contribuent à diffuser cette pratique. Par ailleurs, les médecins français, comme le docteur Laënnec ou le docteur Broussais, reconnaissent les vertus thérapeutiques de l’eau de mer pour soigner les maladies respiratoires, les rhumatismes ou les troubles nerveux. De plus, l’arrivée du chemin de fer à partir des années 1830–1840 rend les côtes accessibles. La ligne Paris–Le Havre (1843) puis Paris–Dieppe (1848) permettent aux Parisiens de rejoindre la mer en quelques heures.
Biarritz : le tournant impérial

L’histoire de Biarritz illustre parfaitement le tournant balnéaire du XIXe siècle :
Avant 1854 : Biarritz est un village de pêcheurs de 4 000 habitants, connu pour sa chasse à la baleine et son église Saint-Martin.
En 1854 : L’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, se rend à Biarritz sur les conseils de son médecin. Elle est séduite par le site et décide d’y faire construire une villa d’été, la Villa Eugénie (aujourd’hui Hôtel du Palais). Deux ans plus tard, Napoléon III rejoint son épouse et fait construire le château de Biarritz (aujourd’hui musée de la Mer). Vers 1860–1870, Biarritz devient la station balnéaire la plus à la mode d’Europe. La cour impériale y attire l’aristocratie française et étrangère. On y construit :
- Le Grand Casino (1864).
- Le Rocher de la Vierge (1865), accessible par un pont métallique.
- Des villas de luxe dans le style néo-basque ou néo-gothique.
- Le phare de Biarritz (1834, modernisé en 1885).
Biarritz incarne le luxe et l’exotisme. Les bains de mer y sont pratiqués selon un cérémonial strict : Les baigneurs portent des costumes de laine (pour les femmes) ou des maillots une pièce (pour les hommes). Les cabines de bain sur roues permettent de se changer discrètement. Des baigneurs professionnels (hommes robustes) aident les femmes à entrer dans l’eau. En 1863, l’impératrice Eugénie organise un bal costumé sur la plage de Biarritz, où les invités doivent venir déguisés en pêcheurs basques. Cet événement marque le début de la légende de Biarritz.




Sources des images : Office de Tourisme & des Congrès de Biarritz – Destination Biarritz / Biarritz – Ville Impériale
Les stations Balnéraires et leur environnement
Outre l’activité des bains de mer qui est une activité très encadrée, (par les horaires, les tenues, les cabines,..), d’autres activités sont proposées dans les stations. Ce qui influence l’architecture des lieux.
Les casinos sont un élément central des stations balnéaires. Ils proposent des jeux de hasard (roulette, baccara, bouillotte), des bals et des concerts, des théâtres et des spectacles.
Les casinos les plus célèbres

( Certains casinos du 19ème siècle ont connu d’importantes transformations ou ont été reconstruits intégralement)
Les stations balnéaires voient fleurir des villas de style varié, reflétant les goûts de l’époque :
- Style normand (Deauville, Trouville) : Villas en bois et briques, avec des colombages et des toits en ardoise.
- Style basque (Biarritz) : Villas blanches avec des volets rouges ou verts, inspirées de l’architecture locale.
- Style néo-gothique ou néo-Renaissance : Villas exubérantes, avec des tourelles, des balcons en fer forgé et des façades sculptées.
- Style Belle Époque (fin XIXe siècle) : Villas élégantes et aérées, avec des vérandas, des bow-windows et des jardins paysagers.
Ces villas sont souvent louées pour la saison par des familles bourgeoises, qui y passent 1 à 3 mois en été.
La démocratisation des stations balnéaires (1900–1950)
Au XXe siècle, les stations balnéaires se démocratisent grâce à plusieurs facteurs comme les congés payés (1936), des millions de français partent en vacances pour la première fois. L »essor des voitures individuelles comme la 2CV ou la 4L rendent les stations accessibles à la classe moyenne. Les routes s’améliorent, les autoroutes (comme l’A13 Paris–Normandie, ouverte en 1941) et les routes nationales facilitent les déplacements. Les voyages organisés en autocar se multiplient, permettant aux familles modestes de découvrir la mer.

Par Ruizo — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3650078

Par Dennis Elzinga — Renault 4L, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=41635281

Les colonies de vacances et le tourisme familial
À partir des années 1920–1930, les colonies de vacances se développent, permettant aux enfants des classes populaires de découvrir la mer. Plusieurs organisations jouent un rôle clé : Les œuvres sociales (Caisse d’Allocations Familiales, comités d’entreprise), les associations laïques ou religieuses (comme les Œuvres des Vacances Scolaires, créées en 1881), les municipalités (qui organisent des séjours pour les enfants des écoles publiques).
En 1936, le gouvernement du Front populaire généralise les colonies de vacances scolaires, et en 1945, le ministère de l’Éducation nationale en fait une institution nationale. Des millions d’enfants partent chaque été en colonie, souvent dans des stations balnéaires comme Berck (Nord), Le Touquet ou Arcachon.
Les nouvelles stations balnéaires
De nouvelles stations se développent pour accueillir cette clientèle plus large : Le Touquet pour la bourgeoisie parisienne, Dinard, La Rochelle, Royan, Arcachon… Chacune apporte ses centres d’intérêt : aquarium, marché, festival des arts, plage de sable fin de 8 kilomètres, dunes, forêt, aérodrome, hippodrome.
Les mœurs évoluent progressivement. Dans les années 1900, les femmes portent encore des robes de bain en laine, mais à partir des années 1920, les maillots deux-pièces, puis les bikinis dans les années 1950 se démocratisent. Dans les années 1920–1930, le teint hâlé autrefois associé au travail manuel devient un signe de santé et de modernité, notamment sous l’influence de Coco Chanel. des nouveaux sports comme le surf à Biarritz, la voile à Deauville, la natation et la planche à voile dans les années 1960 se développent. Les plages sont aménagées pour accueillir transats, parasols et cabines de plage qui deviennent des éléments incontournables du paysage balnéaire.
Les stations balnéaires aujourd’hui : héritage et défis
Les stations balnéaires du XIXe et du XXe siècle ont laissé un patrimoine architectural remarquable, aujourd’hui protégé et valorisé :
- Deauville et Trouville : Classées Villes d’Art et d’Histoire, elles abritent des centaines de villas Belle Époque et des hôtels historiques.
- Biarritz : Son centre historique (autour du Rocher de la Vierge) et ses villas néo-basques sont protégés.
- La Baule : Son front de mer avec ses villas des années 1920 est classé Site Patrimonial Remarquable.
- Arcachon : Ses villas dans le style « basque » et son bassin sont des symboles du patrimoine balnéaire.
- Le Touquet-paris-plage : ses villas, sa plage, ses dunes, ses cabines, son centre ville, son marché…Le Touquet-Paris-Plage fait partie des stations balnéaires les plus prisées de la Côte d’Opale et de France, que ce soit à l’échelle nationale et internationale.
Les stations balnéaires doivent aujourd’hui relever plusieurs défis. L’afflux de touristes en été pose des problèmes de logement, de circulation et de préservation du littoral, le réchauffement climatique et la montée des eaux menacent certaines plages, comment concilier tourisme de masse et protection des écosystèmes (dunes, marées, faune marine).

Les stations balnéaire et la généalogie.
L’histoire des stations balnéaires en France est celle d’une métamorphose radicale : en à peine un siècle, la mer est passée d’un espace redouté à un lieu de villégiature incontournable. Cette évolution a été rendue possible par des changements médicaux (reconnaissance des vertus de l’eau de mer), sociaux (démocratisation des loisirs), économiques (développement des transports) et culturels (influence anglaise, mode du bronzage).
Pour les généalogistes, les stations balnéaires offrent un champ de recherche passionnant : en explorant les archives locales, les photos de famille ou les témoignages, il est possible de retracer les pas de ses ancêtres et de découvrir leur rapport à la mer. Que vos aïeux aient été des pionniers du balnéarisme au XIXe siècle, des vacanciers des congés payés dans les années 1930, ou des enfants en colonie de vacances après la guerre, leur histoire fait partie de cette grande aventure collective qu’est l’invention des stations balnéaires.


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📚 Sources documentaires et pour en savoir plus…
- Mes outils au quotidien : Wikipédia, Vibe (ex Mistral le Chat) et chatgpt
- Sud-ouest : Vidéo. « Caprice » de l’impératrice Eugénie, la Chapelle impériale de Biarritz fête ses 160 ans
- Histoire des bains de mer | Blog | Gallica
- les tenues de bain
- Bains de mer Dieppe : histoire et plaisir de la baignade
- La création des bains de mer à Dieppe
- Ailleurs : Villa Camélia à Deauville, une maison de villégiature caractéristique de la seconde moitié du XIXe siècle, ère de développement de la station balnéaire nouvelle, officiellement créée en 1864 – Paris la douce, magazine parisien, culture, sorties, art de vivre
- Deauville (histoire de)
- Le casino du Touquet : révolutionna le jeu en France
- L’essor des loisirs et des colos | La Ligue de l’enseignement
- L’origine et l’évolution des colonies de vacances
- Office de Tourisme & des Congrès de Biarritz – Destination Biarritz
- Biarritz – Ville Impériale
- Histoire – Association Baie de Canche
- https://dunkerqueetsaregion.blogspot.com/p/la-naissance-de-malo-les-bains.html

