
A comme… Almanach
Alors que j’effectuais des recherches sur la ville de Dunkerque, Gallica m’a proposé plusieurs publications, dont un almanach. Je n’aurais jamais pensé utiliser ce mot-clé pour lancer une recherche documentaire. Intriguée, j’ai consulté cet ouvrage, puis j’ai recherché d’autres almanachs consacrés aux lieux présents dans ma généalogie.
Je vous invite à découvrir deux almanachs à travers mes lectures, autour d’une question : que peuvent-ils apporter aux recherches généalogiques ?
J’ai d’abord consulté les librairies pour savoir si ces ouvrages paraissaient encore.
Les almanachs aujourd’hui
L’almanach est-il toujours d’actualité ? En consultant les librairies en ligne, je peux voir plusieurs de ces documents édités pour l’année 2027. Les thématiques sont variées : cuisine, jardinage, humour, tourisme, phases lunaires, nature, marin breton… Alors, à quand un almanach consacré à la généalogie ?
L’idée existe déjà ! En 2026, la généalogiste Sonia Rousseau a publié un Almanach généalogique, proposant chaque jour des anecdotes historiques, des informations pratiques et des conseils pour accompagner les recherches familiales.
Une belle manière de perpétuer la tradition des almanachs tout en l’adaptant aux généalogistes d’aujourd’hui.
Description et histoire de l’almanach
Personnellement, j’associe le mot « almanach » au monde du jardinage. J’imagine une publication présentant un calendrier et des conseils concernant les plantations, les récoltes et les travaux à effectuer au jardin au fil des saisons.
Mais, en me renseignant, j’ai découvert que ce type d’ouvrage ne se limite pas au jardinage
Par définition, un almanach est une publication, généralement annuelle, qui rassemble des informations utiles pour l’année à venir. Initialement centré sur le calendrier et les phénomènes astronomiques, il s’est progressivement enrichi de renseignements religieux, administratifs, économiques, agricoles et pratiques.
« L’un des plus anciens almanachs connus est Les Travaux et les Jours, poème d’Hésiode (VIIIe siècle av. J.-C.), qui est un traité de navigation, d’agronomie et de morale. Il se termine par un calendrier de jours fastes ou néfastes »
Selon les époques, les almanachs peuvent contenir des calendriers, les fêtes religieuses, les phases de la Lune, les dates des foires et marchés, des prévisions météorologiques, des conseils agricoles, des remèdes populaires, des anecdotes, des proverbes et des informations sur les autorités locales. Certains almanachs deviennent également de véritables annuaires, répertoriant des administrations, des commerçants, des artisans ou des personnalités locales.
A partir du milieu du XVe siècle, avec le développement de l’imprimerie européenne, les almanachs deviennent plus faciles à reproduire et à diffuser. Les almanachs deviennent alors très populaires et figurent après la Bible parmi les ouvrages les plus imprimés et les plus lus.
Au XVIe siècle, certains almanachs associés à Nostradamus connaissent une grande notoriété.
Nostradamus, de son véritable nom Michel de Nostredame, est né le 14 décembre 1503 à Saint-Rémy-de-Provence et mort le 2 juillet 1566 à Salon-de-Provence, à l’âge de 62 ans. Médecin, astrologue et auteur français de la Renaissance, il est notamment connu pour ses Prophéties (1555), mais il a également publié des almanachs annuels contenant des prédictions astrologiques, des calendriers et des présages.
C’est à cette époque que se développent les almanachs de cour et les almanachs administratifs. L’Almanach royal, publié sous ce titre à partir de 1700, constitue un exemple majeur. Il répertorie des institutions, des charges, des dignitaires et des responsables du royaume. Ses origines remontent aux publications de Laurent d’Houry à la fin du XVIIe siècle.

Crédit : Heurtelions, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Au XIXe siècle, les almanachs connaissent une diffusion considérable, particulièrement dans les campagnes. Ils accompagnent la vie quotidienne, les travaux agricoles, les foires et les marchés. Ils sont parfois conservés d’une année sur l’autre, annotés et consultés par plusieurs membres de la famille. L’almanach devient également un support de divertissement, avec des récits, des illustrations, des chansons et des conseils domestiques.
Au XXe siècle, de nouveaux usages apparaissent. Les almanachs continuent d’exister, mais leur fonction évolue avec le développement de la presse quotidienne, de la radio, des agendas et des autres moyens d’information. Certains restent très populaires, notamment les almanachs régionaux, agricoles, humoristiques ou religieux. Le plus connu est sans doute l’almanach des PTT.

Au XXe siècle, l’almanach séduit également les enfants. Le Journal de Mickey publie une série de 31 almanachs annuels, de 1957 à 1987. Ces publications illustrées témoignent de l’évolution d’un genre autrefois principalement consacré au calendrier et aux renseignements pratiques, devenu aussi un support de loisirs et de lecture.
Exemples de deux almanachs
Après cette présentation, je vous propose deux almanachs consultés sur GALLICA et RETRONEWS :
- L’almanach du commerce de Lille, Douay et Dunkerque (Nord)–Présentation de la partie consacrée à Lille puis celle de Dunkerque – Editions de 1787 et 1788 –
- L’almanach de Brioude (Haute-Loire) et de son arrondissement – 1924 –
ALMANACH DU COMMERCE DES ARTS ET METIERS DES VILLES DE LILLE ET DUNKERQUE

- Partie consacrée à LILLE
L’almanach s’ouvre sur une présentation de la ville de Lille, sa situation géographique, son histoire, ses fortifications, ses monuments. Puis, une description de sa population, ses activités économiques, ses manufactures et ses échanges commerciaux avec l’étranger.
Le commerce de Lille en 1787 : des échanges avec la France et l’étranger
Dans son édition de 1787, l’Almanach du commerce, arts et métiers de la ville de Lille présente une ville particulièrement active dans les échanges commerciaux, malgré son éloignement de la mer. Certains négociants lillois sont armateurs ou participent au financement de navires équipés dans les ports de Dunkerque, Calais et Ostende. Le commerce de Lille s’étend ainsi bien au-delà des frontières du royaume : il concerne la Hollande, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Savoie, le Portugal, l’Angleterre, l’Irlande, les États du Nord, les îles françaises et espagnoles, ainsi que les Échelles du Levant. Lille exporte les productions de son territoire et les marchandises issues de ses manufactures, tout en recevant des produits provenant de nombreuses régions françaises et de l’étranger.
Les différentes provinces de France lui fournissent notamment des vins, des eaux-de-vie, des huiles d’olive, des confitures, des fruits secs, des étoffes de soie, des gazes, des rubans, des draps, des étoffes de laine, des objets de quincaillerie, des livres, du papier, de la cire d’Espagne, des bougies, des faïences et des verreries. La Hollande approvisionne Lille en poisson salé, épiceries, drogues et produits tinctoriaux, particulièrement l’indigo utilisé pour la teinture, mais également en bois de construction, porcelaines de Chine et produits du Japon. L’Espagne et le Portugal expédient de l’or, de l’argent, des huiles, du sel, des oranges, des citrons, des olives ainsi que des fruits secs et confits.
Les échanges avec l’Angleterre et l’Irlande portent sur les draps, les étoffes de laine, les suifs, les cuirs, le plomb, l’étain et les pelleteries. Les pays du Nord fournissent des blés, du chanvre, du cuir, du miel, du cuivre, des cordages, des mâts, des fanons de baleine et des fourrures. L’Italie et la Savoie envoient principalement des huiles, des soies, des foies, des oranges, des citrons et d’autres fruits secs. Enfin, l’Allemagne et les Pays-Bas fournissent des laines, du cuir, du fer, du plomb, des fils d’archal et de laiton, des articles de quincaillerie, du cuivre et des toiles blanches ou bleues.
L’almanach souligne que Lille participe elle-même à la redistribution de ces différentes marchandises, ce qui contribue à l’étendue de son commerce. Cette description révèle l’importance de ses réseaux d’approvisionnement et de distribution à la veille de la Révolution française. Elle montre également combien l’activité économique lilloise repose sur la complémentarité entre les manufactures locales, les échanges terrestres et les ports maritimes voisins.
Source : Almanach du commerce, arts et métiers de la ville de Lille, 1787, pages imprimées 14 et 15, extraits transmis. Le paragraphe restitue le contenu historique dans une rédaction contemporaine, sans ajouter de données extérieures.
Texte rédigé et résumé effectué avec l’aide de ChagGPT.
Après la présentation de la ville, différentes administrations, leur histoire et leur fonctionnement sont expliqués :

- L’administration du commerce
- Le Conseil royal de commerce, le bureau des affaires de commerce et son intendance
- Les subdélégués de Flandre wallonne et maritime
- La Chambre de commerce de Lille
- La juridiction consulaire
- La Bourse de Lille



Les pages suivantes présentent une liste nominative des négociants, banquiers et courtiers de change, accompagnée de leurs adresses. Elles détaillent également les opérations de change, les monnaies utilisées, leurs taux de conversion et leurs cours.
Arrive le Grand répertoire alphabétique des métiers, commerces, fabricants et services de Lille, avec noms et adresses. Plusieurs rubriques comportent aussi des tarifs ou des renseignements sur les pratiques professionnelles. Le répertoire contient également des informations sur les spectacles : comédie, opéra, orchestre, danseurs, employés du théâtre et concerts.
C’est la partie la plus volumineuse et probablement la plus riche pour les généalogistes. On y trouve notamment des professions regroupées autour du textile (filtiers, fabricants de draps, sayetteurs, teinturiers, tailleurs), de l’alimentation (épiciers, marchands de beurre, distillateurs), du bâtiment (maçons, couvreurs, menuisiers, vitriers), des objets manufacturés (horlogers, orfèvres, luthiers) et des services (perruquiers, hôteliers, maîtres de pension). L’almanach fournit souvent une adresse précise, parfois une spécialité, un statut de maître, ou la mention d’une veuve exerçant l’activité.
Les dernières pages mentionnent :
– Les travaux de la ville avec les maîtres jurés et artisans intervenant pour la municipalité.
– La Poste aux lettres : personnel, facteurs, destinations, horaires de départ et d’arrivée du courrier, petite poste.
– La Poste aux chevaux : relais, itinéraires, distances et tarifs réglementaires.
– Les marchés, poids et mesures, les jours de marché, aunes, livres, mesures de capacité et de superficie.
– Les diligences, voitures et barques avec les destinations, horaires, itinéraires, tarifs et conditions de transport.
Ci-dessous, quelques extraits de cet almanach :



- Partie consacrée à Dunkerque
Pour Dunkerque, le sommaire de l’almanach est presque identique à celui de Lille : présentation de la ville, situation géographique, activités commerciales, échanges avec les pays voisins, puis répertoire des métiers. Je m’intéresse surtout aux particularités de cette cité portuaire par rapport à Lille.
L’almanach de 1787 mentionne notamment trois compagnies bourgeoises dans cette ville fortifiée : les arbalétriers, les archers et les canonniers. Héritières des anciennes milices urbaines, ces confréries perpétuaient des traditions de tir et de sociabilité. Placées respectivement sous la protection de saint Georges, de saint Sébastien et de sainte Barbe, ces confréries comptaient, selon l’ouvrage, environ 25 à 75 membres chacune. Elles témoignent de la vitalité de la vie associative et des traditions locales.

Les rubriques « Carrosse d’eau » et « Barques de Dunkerque » retiennent particulièrement mon attention.

A la fin XVIIIe siècle, des barques relient régulièrement Dunkerque à Bergues, Furnes et Bruges. L’almanach détaille leurs horaires selon les saisons et précise que le trajet jusqu’à Bruges, via Furnes et Nieuport, s’effectue en une journée. Il indique même les établissements où les voyageurs peuvent retrouver les bateliers.
Certains de mes ancêtres, originaires de Bruges, se sont établis dans la région dunkerquoise, tandis que d’autres ont rejoint Lille. Je n’avais jamais envisagé qu’ils aient pu emprunter ces voies d’eau : une nouvelle piste à explorer !
ALMANACH DE BRIOUDE

Autre époque, autre lieu (La Haute-Loire), le contenu de cet almanach est différent du précédent. Je vous présente ci-dessous le sommaire de cet almanach. Au-delà du calendrier, il rassemble de nombreuses informations : des listes nominatives, notamment celles des morts pour la France, des membres de différentes sociétés et des personnes décédées au cours de l’année. On y trouve également les dates des foires de la région, certains prix et des données financières, comme le budget de l’hôpital.

Des photographies accompagnent plusieurs articles consacrés à la vie locale, dont celui qui relate la visite du président de la République à Brioude.
Cet exemplaire consacre plusieurs pages au cardinal de La Rochefoucauld, avec des reproductions de portraits familiaux. Une autre famille, originaire de Brioude, les Salveton, fait également l’objet d’une longue présentation.
L’ouvrage aborde aussi l’histoire du territoire, son patrimoine et ses paysages. Il reproduit un texte du XVIe siècle consacré aux transformations de la ville et de ses environs. Une étude fondée sur les minutes notariales de Blesle, en Haute-Loire, examine la valeur des terres, du bétail et du grain aux XVIIe et XVIIIe siècles. Enfin, plusieurs pages présentent les ressources minéralogiques de la région et leurs différents usages.

De plus, des références bibliographiques sont citées.
Certains patronymes présents dans ma généalogie restent à vérifier pour retrouver un lien éventuel avec mes ancêtres.
Un article nommé « LES FONTAINES SAINTES DE L’ARRONDISSEMENT DE BRIOUDE » raconte les traditions populaires pratiquées par des habitants de la région qui demandaient la guérison de maladies auprès de certaines fontaines sacrées
L’art n’est pas oublié. Un écrit rendant hommage aux « artistes instinctifs » de la région s’étend sur plusieurs pages en décrivant les matériaux et outils utilisés.
Ces deux almanachs, publiés à des époques et dans des régions différentes, m’ont fait découvrir toute la diversité de ces ouvrages. Répertoires de métiers, renseignements pratiques ou récits sur la vie locale : chacun offre un regard sur le territoire qu’il présente. ils me donnent du contexte pour mes généalogies familiales.
ALMANACH et la généalogie
Ces deux almanachs, découverts par hasard, montrent combien ces publications anciennes sont précieuses pour les historiens comme pour les généalogistes.
Leurs nombreuses informations enrichissent mes recherches et permettent parfois d’identifier un ancêtre grâce à son nom, son adresse ou sa profession.
Ils me plongent au cœur de la cité en recensant ses commerçants, ses artisans et ses manufactures, souvent avec leur localisation. Pour Lille, dès la fin du XVIIIᵉ siècle, les métiers du textile sont nombreux et variés. L’almanach révèle également l’étendue des relations commerciales de la ville et la diversité des marchandises échangées.
Ces deux publications éclairent aussi la vie quotidienne de mes ancêtres : fonctionnement de la poste, horaires et tarifs des diligences, cadre de vie, paysages et traditions régionales ( comme le culte des fontaines ).
Ces renseignements m’aident ainsi à replacer mes ancêtres dans leur environnement et à enrichir mon histoire familiale.
J’espère vous avoir donné envie d’explorer les almanach de vos régions. Alors, à vos recherches !
N’hésitez pas à explorer Gallica en associant le nom d’une ville ou d’une région aux mots « almanach », « annuaire », « indicateur » ou « répertoire »

Sources documentaires et pour en savoir plus…
- Mes outils au quotidien : Wikipédia, Vibe (ex Mistral le Chat) et ChatGPT
Pour approfondir vos recherches, voici les documents consultés pour cet article :
- Almanach du commerce, arts et métiers de Lille, Douay et Dunkerque, éditions de 1787 et de 1788. Notices sur Gallica ; documents consultés sur RetroNews. RetroNews.fr – Le site de presse de la BnF /RetroNews.fr – Le site de presse de la BnF
- Almanach de Brioude et de son arrondissement, édition de 1924 ; documents consultés sur Gallica. Almanach de Brioude et de son arrondissement : organe de la Société d’études archélogiques, historiques et littéraires de la région de Brioude | 1924 | Gallica.
- Histoire pour tous : Nostradamus (Michel de Nostredame, 1503-1566)

Avez-vous déjà consultés des almanachs ?
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