
Nous, généalogistes que serions-nous sans les archives ? C’est la base de notre travail et on trouve tout naturel d’accéder, via le web le plus fréquemment, à des documents datant de plusieurs siècles. Qui donc a eu la bonne idée de créer les archives et de les organiser aussi bien ?
Les archives – définition et histoire
Les archives est un mot aujourd’hui féminin et le plus souvent utilisé au pluriel. Ce terme peut désigner aussi bien des documents, qu’un lieu, un local, un service ou une institution comme les archives départementales.
Les archives rassemblent des documents qui servent à prouver des droits ou à témoigner d’activités, et sont une source précieuse pour comprendre le passé. Afin de faciliter la recherche historique et la transparence, les États ont mis en place des services d’archives publics où les administrations déposent leurs documents après usage administratif. Ces archives sont organisées par des archivistes et leur gestion est encadrée par l’archivistique, une branche des sciences de l’information.
On trouve trace d’archives depuis l’Antiquité mais leur organisation sont dues à la monarchie, au capétiens (Xème siècle). Sous Philippe Auguste (1180-1223), les archives royales sont organisées. Ce roi de France est souvent considéré comme le créateur de l’Etat français. (https://www.histoire-pour-tous.fr).

Durant les XIIIème et XVème siècles, les chambres des comptes géraient les archives financières et judiciaires des provinces. Colbert renforce la centralisation des archives royales et leur classement. Les intendants (représentants du roi en province) font de même localement. Les archives sont à cette époque réservées aux élites. Les révolutionnaires vont confisquer tous les documents des évêchés, des émigrés et anciennes institutions.
La création des archives départementales date de 1796, six ans après la création des départements. Le but est de centraliser pour chaque département titres et papiers émanant des institutions. Tout d’abord, celles de l’ancien régime : abbayes, évêchés, chambre des comptes, parlements, les titres de propriété puis tribunaux, et de la nouvelle administration. On pense à les organiser et à les conserver afin de faciliter l’accès aux administrations mais aussi aux citoyens, en toute transparence. Cette loi de 1796 nous permet aujourd’hui d’accéder à ces archives.
Les archives départementales du nord (ad59)
Etant native de Lille comme mes aïeux depuis au moins 5 générations, je consulte souvent les archives du département du Nord.

Les Archives départementales du Nord, créées en 1796 et rattachées au Département en 1986, collectent, conservent, classent et communiquent les archives publiques présentant un intérêt pour les droits et la recherche historique, conformément à la législation.
Au départ, des documents provenant de la chambre des comptes de Lille, dissoute par Louis XIV sont confiées à Denis Godefroy. Une rue de Lille porte son nom. Puis, une collection du terrier de l’Evêque de Cambrai (1275) (dont quatre diplômes impériaux scellés de bulles d’or) est venue enrichir au XIX ème siècle les fonds existants. Le document le plus ancien conservé aux AD du Nord date du début du IX siècle.
Puis des archives vinrent de 250 fonds d’établissements religieux. Les cours de justice, les administrations provinciales, les établissements d’enseignement ont transmis leurs archives.
Pour celles issues de l’Ancien régime, on signalera bien sur les registres de baptêmes, mariages et sépultures tenus par les curés ; les minutes de notaires, regroupées ou non dans des tabellions, où sont enregistrés tous les actes de la vie civile ; des documents intéressant les communes et les corporations, des titres de familles.
Les archives administratives se sont ajoutées : administrations révolutionnaires du département, des districts et des cantons, Préfecture, sous-Préfecture, Conseil général, administrations domaniales, financières et fiscales, des Ponts-et-Chaussées, Rectorat et Inspection d’Académie, tribunaux, établissements pénitentiaires etc.
Au XXe siècle, les archivistes ont étendu la collecte aux minutes des notaires de plus de 100 ans, puis aux archives de familles, aux papiers d’érudits, aux archives d’entreprises, aux archives d’architectes aux archives centenaires des communes de moins de 2000 habitants sans oublier des fonds d’archives hospitalières ou de chambres de commerce et d’industrie. Ce sont ces archives qui n’ont cessé de s’accroître depuis et qui représentent plus de 72 km d’archives conservées aujourd’hui.
Les archives, un métier
Les archives, c’est aussi toute une organisation humaine. Les missions d’un archiviste sont : Collecter, classer et conserver les documents puis les communiquer au public : vous et moi et aussi chercheurs, étudiants, historiens, professeurs, journalistes mais aussi les librairies spécialisées, les commissaires-priseurs… (source ONISEP – fiche métier).
Pour remplir ces missions, il faut maîtriser la lecture, l’analyse de documents, leur contextualisation, et une langue étrangère est un plus. Il est également essentiel d’avoir des compétences techniques liées aux outils informatiques (web, IA, GED). Enfin, il convient d’être à l’écoute des utilisateurs, pédagogue, diplomate et bienveillant lors de l’accueil et de l’accompagnement du public.
L’informatique a bouleversé ce métier tout en créant un nouveau flux d’archives.
Les archives numérisées aux AD59
Aujourd’hui, l’informatique offre à chacun la possibilité d’accéder aux archives de l’état civil, peu importe où il réside.
Pour les actes de baptêmes/naissance, mariage et décès/inhumations cela a pu se faire tout d’abord grâce aux mormons (family search). Dès 1938, ils ont parcouru le monde (plus de 200 pays et plus de 100 langues, 11 milliards de personnes (La numérisation des microfilms des mormons est terminée | La Revue française de Généalogie) et en accord avec les autorités locales, ils ont microfilmés les actes pour les mettre à disposition – et ainsi protéger les originaux- à la bibliothèque généalogique de Salt Lake City (1950-2000).
Des accords ont été signé pour que Family search les mettent à disposition gratuitement (2000-2010). Des indexations collaboratives ont été lancés pour identifier les noms, date et lieux de chaque documents. Une partie de ces documents est toujours disponible aux AD du Nord qui ont continué à moderniser l’accès aux archives selon la demande du ministère de la culture dans les années 1990-2000.
La loi du 15 juillet 2008 a encadré l’indexation et la mise en ligne des documents pour toutes les archives en France. Des appels à projet ont été lancés pour accélérer la numérisation. Différents sous-traitants sont intervenus. Ce qui explique sans doute la disparité dans l’utilisation des sites des différentes AD en France.
Les archives départementales du nord, quelques chiffres
- 70 KM D’archives du 9è siecle à nos jours
- Papiers, parchemins, reliures en cuir, sceau de cire, photographies, vidés, documents électroniques, objets liés au archives.
- 300 visites par an pour conseiller et contrôler la gestion des archives publics dans plus de 300 établissements : 30 km d’archives éliminées.
- Des centaines de mètres d’archives reconditionnées (pour préserver leur conservation)
A disposition du public : 500 000 pages d’instrument de recherches, 1 million de références disponible en salle de lecture, 55 km d’archives rendues accessibles.
Chaque année en salle de lecture 30 000 documents originaux sont consultés, 50 000 numérisés consultés et plus de 3000 réponses sont faites aux demandes (courriers, mails) .
- Site internet : 7 millions de pages en ligne, 4000 visites par jour.
- 1500 élèves accueillis, plus de 20 expositions itinérantes, plus de 20 publications mise en vente,
En janvier 2026, avec la nouvelle année, ajout de 29 000 fichiers numériques de l’état civil, de 22 700 fiches matricules, plus de 1,2 millions de documents tables et répertoires des hypothèques.
Trois collectes de documents sont en cours. Vous pouvez participer pour déposer vos archives privées si celles-ci concernant les thématiques 80e année de la libération, les archives du sport et les archives du cyclisme. (Liées au grands événements de 2024 et 2025 concernant ces domaines JO TOUR DE France à Lille, commémoration de la libération)

Les archives départementales du nord, autres informations
En plus de l’Etat-civil, on peut trouver sur le site des archives du Nord des fiches matricules, recensements (les dates disponibles varient selon la commune), tables de successions et absence, tables et répertoires de hypothèques, plans cadastraux. Mais aussi des ateliers, des expositions, des publications, une participation au concours nationale pour les élèves sur la résistance et la déportation.
Les archives départementales du nord, le lieu

Les archives départementales sont situées à Lille, quartier Esquermes. Le bâtiment attribué aux archives a été entièrement rénové en 2013 afin d’accueillir 80 km de rayonnage au lieu de 24km auparavant. Cet bâtiment répond aux nouvelles normes de conservations des documents et est devenu un modèle en matière de conservation durable et d’innovation architecturale : sobriété énergétique par sa conception, patios qui apportent la lumière naturelle, résille en inox perforé qui recouvre le bâtiment (inspiré d’un papyrus), toiture végétalisée, 300 m2 de panneaux photovoltaïques qui en fait un immeuble à energie positive mais surtout les magasins sont équipés d’un système de dessication de l’air (première en France), essentiel pour la conversation des archives.


Les archives départementales, conclusion
Il est certain que la généalogie ne pourrait exister si les documents n’avait pas été conservés, -dans de bonnes conditions-, classés, indexés et rendus accessibles aux publics sans les initiatives de nos dirigeants mais aussi par des passionnés au quotidien. Par exemple, en préparant un article, j’ai lu qu’un bloggeur avait retrouvé des plans d’un quartier de Loos-lez-lille, aujourd’hui disparu, à la poubelle . Heureusement, il a sauvé le carnet de dessins afin de le publier. Les brocantes sont généralement sources de documents anciens, vieux albums, cartes postales anciennes. Sachez que les AD gèrent également des fonds privés, (dons de particuliers, d’associations, d’entreprises) pour les mettre à la disposition de tous.
Et vous, quelle est votre meilleure trouvaille aux archives ?

