
F comme …Filature
Dans les années 1970-1975, à Saint-André-lez-Lille (NORD), la filature Lemaire-Destombes faisait partie de notre quotidien.
À l’école, lorsque les résultats n’étaient pas à la hauteur de nos espérances, nous avions parfois cette réflexion : « Si je ne réussis pas mes études, j’irai travailler à la filature ! » Ce n’était pas vraiment notre ambition, mais nous savions que cette entreprise recrutait des habitants de la commune, hommes et femmes, pour des emplois d’été, des contrats temporaires ou des postes permanents. Avec le recul, je considère qu’elle jouait un véritable rôle dans la vie locale. C’était, à mes yeux, une entreprise citoyenne, profondément ancrée dans son territoire. Je me souviens également de la silhouette de cette manufacture, avec sa cheminée qui marquait le paysage industriel.

DU SIVOM ALLIANCE NORD-OUEST » Saint-André-Lez-Lille
Depuis, les bâtiments ont changé de destination. Mais l’histoire textile ne s’est pas arrêtée avec la fermeture des anciennes filatures.
Pour cette nouvelle lettre du challenge AZ 2026, je vous propose de découvrir ce que sont devenues ces usines, de revenir sur leur histoire et d’explorer les archives qui permettent de retrouver les ouvriers et ouvrières du textile.
La filature aujourd’hui : un patrimoine qui se réinvente
À Saint-André-lez-Lille, une ancienne usine devenue lieu de vie
Fondée en 1906, la filature Lemaire-Destombes était initialement consacrée au travail du lin. Son activité a ensuite évolué au fil des transformations de l’industrie textile.
Une publication consacrée à l’histoire du site évoque la fin de l’entreprise Lemaire-Destombes en 1968, puis la poursuite de l’activité industrielle sous un autre exploitant jusqu’en 1992. Cette chronologie reste à confirmer par les archives.
Aujourd’hui, les bâtiments en briques ont été réhabilités et accueillent des logements, des activités de loisirs, des espaces de restauration et des activités culturelles. Lors de mes promenades, j’ai photographié cette ancienne filature en 2021, puis en 2023. Les toitures industrielles en dents de scie, appelées sheds, et la tour en briques rappellent encore sa vocation d’origine.

La transformation du site est particulièrement visible dans les anciennes cours industrielles, devenues des espaces de circulation et de rencontre. Un ancien site industriel devenu lieu de vie avec des restaurants,
Aujourd’hui, le site dit « La Filature », à Saint-André-lez-Lille, accueille différentes activités dans ses anciens bâtiments industriels réhabilités.
- Depuis septembre 2025, un marché dominical, imaginé par Wilder by La Wilderie, réunit producteurs locaux, artisans et créateurs. Des éditions spéciales, dites « XXL », sont également proposées au fil des saisons. En octobre 2026, une journée consacrée à Halloween a ainsi été annoncée, avec des animations pour les enfants. . Plusieurs marchés de Noël sont également programmés pour la fin de l’année. 🐾Les compagnons à quatre pattes sont les bienvenus
- L’ancien patrimoine industriel accueille également Hall U Need, un vaste complexe de restauration et de loisirs ouvert en juin 2021. Installé dans une ancienne usine textile, il propose aujourd’hui bowling, karaoké, jeux d’arcade et espaces de détente. Son aménagement a débuté en 2020, après la sélection du site par son fondateur, Cyril Parenna.

Le Musée de la fête foraine
Sur le site dit « La Filature », à Saint-André-lez-Lille, le Musée de la fête foraine, créé par Didier VANHECKE, accueille les visiteurs dans un ancien bâtiment industriel. Sa collection de manèges, de marionnettes et d’objets liés aux arts forains témoigne d’une nouvelle vocation culturelle pour ce site, autrefois occupé par différentes entreprises.
Manège traditionnel – Illustration d’ambiance réalisée à l’aquarelle par intelligence artificielle pour GENEA-REPÈRES. Représentation imaginaire, ne reproduisant ni le Musée de la fête foraine de Saint-André-lez-Lille ni ses installations réelles.
Cette reconversion illustre la transformation des anciennes installations industrielles en espaces consacrés aux loisirs et à la convivialité.

– Collection personnelle – Généa-repères –
À Saint-André, une industrie textile toujours présente
Toutes les entreprises textiles n’ont pas disparu.
La manufacture Lemahieu, fondée en 1947 et implantée à Saint-André-lez-Lille depuis 1969, poursuit une activité de tricotage et de confection. Son histoire illustre l’évolution des savoir-faire textiles vers la fabrication de vêtements, de sous-vêtements et de produits techniques. L’entreprise a développé des cosméto-textiles et différentes gammes destinées au confort quotidien ou à des usages particuliers.
Cette évolution nous rappelle qu’une commune peut conserver une activité textile tout en voyant disparaître ses anciennes filatures.
Les filatures au fil de l’histoire
- Du rouet à la filature industrielle
Avant l’industrialisation, le filage était souvent réalisé à domicile ou dans de petits ateliers. Le lin, le chanvre, la laine et le coton étaient transformés en fils destinés au tissage, à la bonneterie, à la dentelle ou à la couture. Le travail s’effectuait à l’aide de fuseaux, de rouets ou de machines actionnées manuellement.
À partir de la fin du XVIIIe siècle, puis surtout au XIXe siècle, la mécanisation bouleverse cette organisation.
Les machines permettent de préparer les fibres, de les étirer, de les tordre et de produire des fils en quantité croissante. L’utilisation de la vapeur favorise l’installation de grandes usines regroupant machines et ouvriers.
Le Nord devient l’un des grands territoires de l’industrie textile française, avec des activités différentes selon les villes : le lin, le coton, la laine, la filature, le tissage ou encore la fabrication de fils à coudre.
- Thiriez : de l’atelier familial à la grande entreprise
L’histoire des établissements Thiriez, à Lille puis à Loos, illustre cette transformation.
Au début des années 1830, Julien-Romuald THIRIEZ développe une petite activité de filature de coton. Son fils Alfred THIRIEZ participe ensuite à l’expansion industrielle de l’entreprise. En 1857, père et fils s’associent au sein de la société J. Thiriez Père et Fils. La production se spécialise progressivement dans les fils fins et les fils à coudre, tandis que les installations industrielles se développent. Au XXe siècle, l’entreprise se rapproche de Cartier-Bresson, avant de rejoindre Dollfus Mieg et Compagnie (DMC) en 1961.
Mais l’histoire de Thiriez ne se limite pas à la fabrication du fil.
L’entreprise participe également à la transformation de Loos, avec la construction de logements destinés à ses salariés. En 1913, une cité ouvrière comptait 268 maisons. Leur disposition et leur confort variaient selon les catégories professionnelles.
Ces logements illustrent le paternalisme industriel : les employeurs pouvaient proposer des avantages sociaux, tout en exerçant une influence importante sur la vie de leurs ouvriers.
- Hommes, femmes et enfants dans les filatures
Le fonctionnement d’une filature nécessitait de nombreux métiers. Les ouvriers préparaient les fibres, surveillaient les machines, rattachaient les fils cassés, contrôlaient la production et assuraient l’entretien des équipements. Les femmes occupaient une place importante dans les ateliers, mais les hommes y travaillaient également. Au XIXe siècle, les enfants participaient aussi à certaines tâches, avant que les lois sociales ne limitent progressivement leur emploi.
Les conditions de travail étaient souvent difficiles : longues journées, bruit des machines, poussières textiles, accidents et fatigue. Au fil des décennies, les revendications ouvrières conduisent à des transformations importantes.
En 1936, les grèves touchent de nombreuses entreprises textiles du Nord. Le journal L’Usine, daté du 24 septembre 1936, signale ainsi la reprise du travail à la filature Lemaire-Destombes de Saint-André-lez-Lille, en mentionnant 650 personnes.
Cette courte information rappelle que l’histoire de l’établissement s’inscrit aussi dans celle des mouvements sociaux et des évolutions du droit du travail.

L’Usine, 24 septembre 1936, p. 5.
Source : RetroNews – BnF.
Quand le textile devient technique
L’industrie textile ne s’est pas limitée à la production traditionnelle de fils et de tissus.
Au cours du XXe siècle, de nouvelles matières et de nouveaux procédés ont permis de concevoir des vêtements répondant à des besoins particuliers.
Dans le Nord, Damart, entreprise née à Roubaix, a développé le Thermolactyl dans les années 1950, puis des gammes destinées au confort par temps chaud, comme Climatyl. Les textiles techniques peuvent aujourd’hui favoriser l’isolation thermique, l’évacuation de la transpiration ou le confort de la peau.
Certains vêtements intègrent même des fils d’argent, utilisés pour leurs propriétés particulières, afin d’améliorer le confort des personnes souffrant de problèmes cutanés, comme l’eczéma ou le psoriasis. Ils ne constituent pas pour autant un traitement curatif.
Les marques de vêtements sportifs, comme Decathlon, illustrent également le développement des tissus respirants, isolants ou adaptés à l’effort.
Il convient toutefois de distinguer le lieu de conception d’un textile de celui où il est fabriqué.
De la filature de coton aux textiles techniques, les matières, les machines et les usages ont considérablement évolué.
La filature et la généalogie
Retrouver un ancêtre employé dans le textile
Les professions textiles apparaissent fréquemment dans les actes d’état civil, les registres paroissiaux et les recensements de population.
On peut ainsi rencontrer les mentions de fileur, fileuse, rattacheur, tisserand, contremaître, mécanicien ou directeur de filature. Il est important de ne pas confondre ces professions : filer consiste à transformer des fibres en fil, tandis que tisser consiste à entrecroiser des fils pour produire une étoffe.
Les actes de naissance, de mariage et de décès permettent souvent de suivre les changements de profession d’une personne au cours de sa vie.
Les recensements apportent d’autres renseignements : adresse, composition du ménage, profession et, selon les époques, employeur ou établissement de travail.
Les métiers du textile : une grande diversité de professions

Derrière le terme général d’ouvrier ou d’ouvrière du textile se cachent de nombreux métiers, correspondant aux différentes étapes de fabrication.
- Préparation des fibres : cardeur, peigneur, teilleur, séranceur.
- Filature : fileur, fileuse, bambrocheur, bambrocheuse, rattacheur, rattacheuse, étireur, renvideur.
- Préparation au tissage : bobineur, dévideur, caneteur, ourdisseur.
- Tissage : tisserand, tisseur, rentreur, encolleur.
- Finition des étoffes : foulonnier, teinturier, apprêteur, épinceteur.
- Autres spécialités : dentellière, tulliste, bonnetier, brodeuse, couturière.
À retenir : cette liste n’est pas exhaustive. Les appellations et les tâches pouvaient varier selon les régions, les époques, les fibres travaillées (lin, coton, laine…) et les techniques employées. Un même métier pouvait également porter plusieurs noms. Pour comprendre la profession d’un ancêtre, il est donc préférable de rechercher sa définition dans le contexte historique et géographique où elle apparaît.
Identifier l’entreprise et son environnement
Connaître le métier d’un ancêtre ne suffit pas toujours à identifier l’usine dans laquelle il travaillait.
Les annuaires commerciaux, les archives municipales, les plans anciens, la presse locale et les documents d’entreprises peuvent aider à retrouver un établissement.
Les cités ouvrières constituent également une piste intéressante. À Loos, par exemple, les logements construits par les établissements Thiriez permettent d’étudier les relations entre l’entreprise, ses salariés et leur lieu de résidence.
Un ancêtre domicilié dans une cité ouvrière pouvait avoir un lien avec l’établissement voisin. Cette hypothèse doit toutefois être confirmée par d’autres documents.
Explorer les archives industrielles
Les Archives nationales du monde du travail (ANMT), à Roubaix, conservent des fonds provenant d’entreprises, d’organisations professionnelles et du monde syndical.
Le fonds DMC – site de Loos-lez-Lille, coté 1998 028, couvre la période 1932-1998. Il rassemble des publications et de la documentation professionnelle provenant d’un ancien responsable de l’entreprise. Il constitue un exemple des ressources disponibles pour comprendre le fonctionnement et l’évolution d’une société textile.
D’autres recherches peuvent être entreprises dans les archives départementales, municipales, les collections de presse ancienne ou les fonds privés.
Les dossiers individuels du personnel, lorsqu’ils ont été conservés, peuvent être particulièrement précieux. Leur existence et leurs conditions de consultation doivent cependant être vérifiées auprès du service d’archives.
Conclusion
Lorsque je repense à la filature Lemaire-Destombes de mon enfance, je revois une usine qui faisait partie du paysage de Saint-André-lez-Lille et de la vie de ses habitants.
Elle représentait une possibilité d’emploi, même pour ceux qui espéraient emprunter un autre chemin professionnel.
Aujourd’hui, ses bâtiments ont trouvé de nouveaux usages, tandis que d’autres entreprises poursuivent et renouvellent les savoir-faire textiles.
Pour les généalogistes, les filatures racontent bien davantage que l’histoire d’une profession : elles permettent de mieux comprendre le quotidien des familles, les transformations des villes et les conditions de vie de plusieurs générations.

Sources documentaires et pour en savoir plus…
- Mes outils au quotidien
- Pour la recherche documentaire : Wikipédia, Vibe (Mistral Ai) et ChatGPT, la presse ancienne avec GALLICA et RETRONEWS
- Pour les illustrations : Gemini, ChatGPT, Unplash et Canva
Pour approfondir vos recherches, voici les documents consultés pour cet article :
- L’Usine, 24 septembre 1936, p. 5, « Reprise du travail ou grèves terminées », rubrique Nord. Consultation sur RetroNews – BnF. Lien direct vers le numéro à compléter.
- Archives nationales du monde du travail, fonds DMC, site de Loos-lez-Lille, cote 1998 028. Site officiel des ANMT.
- Aude Herrard, « L’histoire des filatures françaises ». Lire l’article
- La Wilderie, « Le Marché de la Filature ». Consulter la présentation
- Hall U Need, dossier de presse, 2025. Consulter le dossier PDF
- Musée de la fête foraine, « La presse en parle ». Consulter la revue de presse
- Sources documentaires
- Gilles THIRIEZ, Grèves de 1936 dans le textile du Nord de la France, Musée Thiriez & Cartier-Bresson, cahier n° 1, janvier 2016. Consulter le document PDF.
- Delphine VANEZ, « Une réalité matérielle doublée d’une utopie sociale : les cités ouvrières des établissements Thiriez à Loos-lez-Lille », L’Archéologie industrielle en France, n° 24-25, 1994, p. 243-247. Consulter la notice du CILAC.
- Thiriez.org, « Histoire de T.C.B. 1925-1961 ». Consulter l’article.
- La Voix du Nord, « Les friches industrielles, héritage du riche passé textile de Loos », 29 avril 2013. La Voix du Nord
- L’Usine, 24 septembre 1936, p. 5, « Reprise du travail ou grèves terminées », rubrique Nord . Mention de la filature Lemaire-Destombes à Saint-André-lez-Lille. RetroNews – BnF.
- Le Figaro, 9 avril 1914, p. 5, article relatif à un incendie de filature, identification de l’établissement à confirmer. RetroNews – BnF.
- Lemahieu, « Une histoire française de vêtements », histoire de l’entreprise et innovations textiles. Consulter l’article.

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